PRODUITS |
vendredi 12 novembre 2010 |
Vins de Corse : les clés d’un renouveau
Les vignerons corses vont remettre de la vigne en production et replanter. La filière ne pouvait plus répondre à la demande. Si la politique de qualité a payé, la vogue pour le rosé explique aussi ce retour en grâce. Après des années de chute vertigineuse, le vignoble corse va enfin renouer avec la croissance.
Jean-Marc Venturi se réjouit : « Nous sommes en déficit aujourd’hui. Nous allons donc optimiser les rendements autant que possible, mais aussi développer le vignoble ». Le président de l’interprofession des vins de Corse (CIV) annonce : « 400 hectares inexploités vont être remis en production. En outre, nous avons obtenu 170 hectares de droits de replantation ». L’objectif de l’interprofession est de repasser au-dessus de la barre des 400 000 hectolitres, barre sous laquelle le vignoble avait plongé en 2009 (à 330 000 hl), après plusieurs années marquées par de nouveaux arrachages et une météo défavorable.
Comment est-on arrivé à ce rebond, après des décennies de déclin continuel depuis le boom de la viticulture des années 70 ? D’abord parce que la situation économique imposait une relance de la production de la part de l’ensemble de la profession. « Au-dessous d’un certain seuil, on disparaît en tant que région dans les linéaires et sur les cartes des restaurateurs, commente Pierre Salles, le directeur de la principale cave coopérative de Corse, l’UVIB. Ces trois dernières années, nous avions du mal à fournir certains de nos clients. » Résultat : les quelques opérateurs de la région (ils sont une poignée) ont même dû choisir entre leurs débouchés, abandonnant, comme la cave des Vignerons d’Aghione, la clientèle du hard-discount et des « cash and carry », moins lucrative.
Si l’on envisage sur l’île une croissance des volumes, c’est aussi que le marché est devenu plus rémunérateur. « En 2007, sur 400 000 hectolitres, nous peinions à en commercialiser correctement 250 000 », se souvient le président de l’interprofession. En 2010, la situation s’est inversée. « Nous disposions cette année d’environ 360 000 hl. Nous aurions pu en vendre sans difficulté 500 000 et nous n’avons pu répondre à la demande qu’en continuant à déstocker. » Depuis trois ans, les cours ont pris 30 %. Appréciés du marché car « différenciants », les vins corses se vendent en moyenne plus cher de 20 % que les vins des mêmes catégories, confirme Pierre Salles. Longtemps cantonné à la clientèle touristique, le vin corse est désormais majoritairement « exporté », à 46 % sur le continent et à 21 % à l’étranger.
La Corse n’abandonne ni le blanc ni le rouge
Le regain de forme du vignoble corse tient en partie à l’évolution favorable de la demande en rosé. « Si nous n’avions pas eu le rosé, nous ne serions pas là aujourd’hui pour vous parler », reconnaît d’ailleurs Pierre Salles. La part des rosés sur l’ensemble de la production insulaire a beaucoup progressé, pour atteindre 54 %. La mode, persistante en France et naissante à l’export, a permis aux vins corses de retrouver une place en grande distribution, en jouant sur son origine méditerranéenne et « exotique ». En 2009, 76 % des vins corses vendus en grande distribution en France étaient des rosés. L’origine corse est presque devenue une référence incontournable. Près de 6 % des rosés vendus en France sont des vins corses.
La profession a cependant eu l’intelligence de garder toutes ses cartes en main, son particularisme aussi. Si la région a pris la couleur rosée, le rouge et les blancs, sec ou muscat, demeurent bien représentés. « Certains marchés restent essentiellement consommateurs de rouges », estime Pierre Salles. La particularité de l’encépagement est également préservée. « C’est la base de notre différenciation », rappelle Bernard Sonnet, de l’interprofession. Outre Niellucciu, Sciaccarellu et Vermentinu, les vignerons replantent d’autres cépages autochtones comme le Bianco Gentile, l’Aleatico ou encore le Barbarossa.
Mais si les vignerons corses (ils ne sont plus que 150) envisagent de replanter, c’est aussi grâce au plan de relance dans lequel ils ont investi pendant trois ans, de 2004 à 2008. « Nous avons fait le choix de mettre tous les budgets dont nous disposions sur la promotion et sur le commerce, plutôt que sur l’aide à la production », rappelle Jean-Marc Venturi. Avec l’appui des collectivités, l’interprofession parvient à mobiliser 9 millions d’euros sur trois ans. Elle lance une campagne de publicité, mène des actions de promotion dans tous les circuits de distribution, assure un accompagnement marketing des producteurs et des caves, prend en charge une partie des frais de déplacement des producteurs sur les salons. « Avant le plan de relance, on trouvait des producteurs corses sur 25 salons. Aujourd’hui sur 75 », précise Bernard Sonnet.
Montée en gamme
Parallèlement, le vignoble a poursuivi sa montée en gamme. Le tiers de la production est désormais commercialisé en AOP et près des deux tiers en IGP (ex-vins de pays). La part des vins sans indication géographique, jadis prépondérante, est désormais résiduelle. En outre, la segmentation est relativement simple. Une AOP régionale Corse domine les appellations, avec des volumes significatifs (61 000 hl). Elle est complétée par huit appellations d’origine protégée locales dont certaines très réputées, comme le Patrimonio ou le Muscat Cap Corse. Le dispositif est assis sur une IGP « Île de Beauté » sous laquelle sont vendus la majorité des volumes, en marque propre ou en marque de distributeur.
L’heure est donc à nouveau à l’optimisme dans la filière corse. La récolte 2010 a été bonne. Selon les estimations générales, la production devrait atteindre cette année les 370 000 hl. « Nous souhaitons rapidement retrouver le niveau d’avant la crise, soit environ 400 000 hectolitres », espère Jean-Marc Venturi. À terme, le vignoble voudrait encore monter en gamme et porter à 40-45 % les volumes produits en AOP.
B. C.