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jeudi 18 mars 2010

Veau d’Aveyron et du Ségala, quinze ans d’entente avec Auchan


Trois hommes, à l’origine d’un partenariat à l’époque inédit entre les producteurs de veau d’Aveyron et du Ségala et l’enseigne Auchan, reviennent sur 15 ans de partenariat exemplaire. Avec, à la clé, un pari gagné : celui de vendre un veau rouge auprès du consommateur français.

Le veau d’Aveyron et du Ségala fait partie des partenariats « gagnant-gagnant » avec la grande distribution. Si le terme a été galvaudé depuis pour illustrer des partenariats banals, l’accord mutuel entre le veau d’Aveyron et Auchan mérite bien cette expression et fête cette année ses 15 ans. Tout a commencé entre quatre hommes : Serge Gay, directeur des achats traditionnels pour Auchan, Daniel Carrié, président de l’Interprofession régionale du veau de l’Aveyron (Irva), Pierre Bastide, vice-président et Georges Mazenc, son directeur. Les partenaires, réunis sur le même stand au Salon de l’agriculture, évoquent pour Les Marchés cet anniversaire, retraçant le chemin parcouru. Patrick Mouysset, actuel président, dresse les réalités de la filière.
Le veau d’Aveyron a obtenu son Label Rouge en 1994 et l’IGP en 1996. À ce moment-là, le marché export principal, l’Italie, donnait des signes de faiblesse. « Le marché italien toussait un peu, se souvient Pierre Bastide. Les Italiens ne connaissaient pas le Label Rouge et ne souhaitaient pas payer le différentiel qualitatif. Nous perdions de l’argent, il fallait impérativement trouver de nouveaux débouchés ». La solution viendra d’un stagiaire chez Auchan, fils d’un éleveur qui en parle un jour à Serge Gay, alors responsable des achats viandes. « Il nous a expliqué ce à quoi correspondait le Label Rouge dans le veau d’Aveyron, explique Serge Gay. J’ai décidé de descendre voir ce que cela représentait. » Mais la surprise est grande pour l’acheteur viande d’Auchan car, habitué au veau blanc, il se trouve en face d’un veau rouge qui ne correspond pas aux us et coutumes de l’époque. Malgré tout, convaincu par les éleveurs, il démarre un essai qui dure trois ans et cherche avec les éleveurs comment faire passer le produit auprès des consommateurs.

Des éleveurs dans les magasins, c’était du « jamais vu »
« Nous avons tout de suite compris que, sans les GMS, il n’y avait pas de salut. Elles étaient incontournables et il fallait trouver les solutions, explique Pierre Bastide. À ce moment, l’idée nous est venue d’aller expliquer directement au consommateur la façon dont nous élevions notre veau ». Pour commercialiser la production, les trois partenaires, Irva, Bigard et Auchan décident en septembre 1995 de créer une société de commercialisation : la SA4R, qui deviendra effective au milieu de l’année 1996.
Petit à petit s’est ainsi institué un dialogue tripartite : éleveurs, distributeurs, consommateurs. Ce n’était pas dans l’air du temps et des agriculteurs dans les allées des grandes surfaces pour vendre leurs produits, cela ne s’était jamais vu. « Au démarrage, c’est une société extérieure qui s’occupait des animations, mais nous avons très vite compris que ce n’était pas la solution et que seuls ceux qui élèvent les animaux sont capables de parler de leur métier et d’intéresser le consommateur », explique Georges Mazenc. Devant le succès de l’opération démarrée au magasin Auchan d’Avignon Mistral 7, Serge Gay prend la décision de l’étendre sur le sud-est, puis progressivement à l’ensemble des 51 magasins. Un évènement va venir bouleverser la donne : Auchan rachète l’enseigne Mammouth et de ce fait ce sont 110 magasins qu’il faut approvisionner. « Chez nos bouchers, il y avait autant de convaincus que de sceptiques, se rappelle Serge Gay. Et puis quand les éleveurs sont arrivés dans les magasins, tout le monde a été convaincu et nous avons remarqué que le libre-service était un rayon qui alliait tradition avec modernité. » Depuis, les partenaires n’ont cessé d’améliorer le système par petites touches sans jamais affecter le cahier des charges. Le partenariat s’est amplifié et, depuis six ans, les promoteurs du système sont présents sur le même stand au Salon de l’agriculture, Auchan étant la seule enseigne à avoir échappé à la disparition des distributeurs du salon. « En quinze ans, la seule chose qui a vraiment changé, c’est notre âge. Tous ceux qui étaient là au départ sont présents sur le stand. Il y a eu des évolutions mais jamais la révolution », concluent d’un commun accord Pierre Bastide et Serge Gay.

« Vendre du veau rouge ce n’était pas gagné »
Patrick Mouysset préside l’interprofession depuis 2007, date à laquelle il succéde à Daniel Carrié. Sa préoccupation ? Répondre aux attentes modernes des consommateurs en matière de développement durable. « Nous sommes à la fois dans le Label Rouge et l’IGP, ce qui veut dire que nous allions origine et qualité. C’est complémentaire. Mais nous allons plus loin car nous répondons exactement aux trois piliers du développement rural. » Sur le plan social, l’Irva et la SA4R maintiennent les 700 éleveurs en place, sur le plan économique, le partenariat avec Auchan assure leur développement et en matière d’environnement, la zone géographique est entretenue par les éleveurs qui en prennent le plus grand soin. « Pour moi, cela s’appelle un vrai partenariat « gagnant-gagnant », constate le président. Vendre du veau rouge ce n’était pas gagné. C’est l’équipe du départ qui a permis de réaliser tout ça. Aujourd’hui, ce pari est gagné et la spécificité de notre veau est reconnue. C’est l’alliance du commerce et de l’élevage au sein d’un partenariat fort qui nous a maintenus. Comment assurer la pérennité de cette filière si l’on n’associe pas très étroitement points de vente et qualité? » Une preuve s’il en est besoin qu’au sein d’une filière bien organisée, le circuit long est bien évidemment le meilleur moyen de toucher le maximum de consommateurs, sur tout le territoire.
Dominique Chaillouet
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Une communication basée sur les éleveurs

La quasi-totalité du budget de communication de l’Interprofession régionale du veau d’Aveyron (Irva) est centrée sur les animations en magasin. L’année dernière, il a été réalisé 280 animations, la SA4R ayant fait au minimum une animation de deux jours par magasin avec deux éleveurs. En fait, bien souvent les éleveurs partent pour trois jours, la SA4R leur réservant une journée pour qu’ils puissent visiter la région. Le coût de l’opération est de plus de 300 000 euros par an pour la société. Au cours de cette promotion, les éleveurs expliquent leur métier et remettent un dépliant au consommateur. Ce dépliant met l’accent sur le territoire, les hommes, l’élevage, le développement durable et la spécificité de la viande. La SA4R assure 85 % des animations de l’Irva. Les 15 % restants étant répartis entre les autres circuits de distribution développés par Unicor-Arcadie, Jean Rozé-SVA et Bovi-viandes. Reste malgré tout la présence dans les salons de façon importante : Sisqa à Toulouse, Salon international de l’agriculture, Salon de l’agriculture d’Aquitaine à Bordeaux, ainsi que la communication initiée par Fil Rouge.



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