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Produits de saison

jeudi 09 septembre 2010

Rentrée sous pression pour le porc français


Difficile pour la filière porcine d’être sereine en ce mois de septembre, prise en étau entre des coûts de production toujours plus élevés, une demande intérieure correcte sans plus, un manque chronique de lisibilité à l’export et une progression de l’offre.

Il n’y a pas que les hommes politiques qui aient droit à une rentrée houleuse. Les professionnels de la filière porcine aussi ! Au plus grand regret de la plupart d’entre eux... L’heure est en effet loin d’être propice à la sérénité. Pourtant, début septembre est chaque année synonyme de reprise de l’activité.
Chez les détaillants, de nombreuses opérations de promotion attisent l’envie des consommateurs de s’approvisionner en viande de porc. Ces mises en avant sont aussi des produits d’appel très intéressants pour les grandes surfaces qui incitent ainsi les ménages à revenir fréquenter les rayons après deux mois d’absence estivale et malgré un budget plus restreint. 2010 n’échappe pas à la tradition. Les promotions — avant tout sur la longe — sont d’actualité dans la plupart des enseignes.
Selon l’abattage découpe, les volumes écoulés depuis la fin août sont d’ailleurs tout à fait satisfaisants pour la saison, voire plus importants que les autres années. Les prix de vente consommateurs seraient assez cohérents avec la réalité du marché en amont de la filière. Un soudain accès de prudence de la part de l’aval en ces temps de tensions dans le monde agricole, ou une simple coïncidence d’un prix de vente en élevage « adapté » aux velléités de bas prix de la grande distribution ? Nul ne peut trancher.
Malgré tout, les abattoirs comme les grossistes ne tirent pas un bilan entièrement satisfaisant. Les avis sont quasi unanimes : si le volumes sont bons, l’équilibre matière reste difficile à établir, et surtout, serait un peu plus marqué que les autres années. Car il va de soi que pour fournir plus de longes, les abattages ont été plus nombreux, ce qui génère autant d’autres morceaux sur le marché de la viande... Or, si l’épaule s’écoule assez aisément, la poitrine est plus délicate à placer. C’est toutefois pour le jambon que l’ambiance est la plus indécise. Plusieurs raisons sont avancées, à commencer par l’importance de la concurrence espagnole mais aussi allemande. Et de ce côté, la tendance ne semble pas prête à s’inverser, tant la nécessité des salaisonniers de proposer des bas prix à la grande distribution les incitent à se couvrir en matière première bon marché, le plus souvent en provenance de nos voisins européens qui bénéficient de coûts de production bien inférieurs aux nôtres.

Un marché européen de plus en plus volatile

Car tel est bien le paradoxe du porc français, tout à la fois intégré à l’Europe mais ne suivant pas tout à fait le même parcours, tant sur le plan technique qu’économique. Outre les distorsions de concurrence liées aux coûts de la main-d’œuvre, la France tempère sa production, alors même que l’Allemagne joue la carte de la croissance.
Selon Jean-Pierre Joly, directeur du Marché du porc breton, la production européenne est l’un des « dossiers sensibles » de la filière. Les dernières données font d’ailleurs état d’un été des plus dynamiques sur le plan des abattages. En Allemagne, ces derniers seraient en hausse de 8 % par semaine depuis le début du mois d’août. Or, sur cette même période, la France a vu ses volumes abattus se replier de 1,5 %. L’hésitation entre repli et hausse serait d’actualité dans les autres États membres. Ce qui, en toute logique, ne permet pas d’atténuer les effets de la nette augmentation de l’offre allemande.

La fin d’année dépendra de l’export

Dans ce contexte, la tenue du commerce européen ne dépend plus que d’un paramètre : l’exportation. Et c’est bien là tout le problème, tant ne dépendre que d’un débouché est source de volatilité. Or, en toute logique, un léger ralentissement de la demande internationale entraîne un net alourdissement du marché européen et une forte pression sur les prix. Pression intensifiée par la concurrence intracommunautaire elle-même, en particulier entre la France, l’Espagne et l’Allemagne.
Difficile de prévoir la fin d’année, mais il est fort à parier qu’elle dépendra de la traditionnelle reprise de la demande des pays tiers, et en particulier des besoins russes. Notre consommation intérieure comme les achats des ménages européens étant annoncés peu évolutifs par rapport aux années précédentes.
Selon Jean-Pierre Joly, octobre et novembre sont souvent des mois clés pour l’exportation vers les pays tiers. Bien que personne ne puisse l’assurer, la bonne tenue de la demande mondiale depuis le début de l’année pourrait se confirmer. Selon Plérin, États-Unis, Canada et Europe notent une reprise de leurs expéditions. Le Brésil céderait du terrain, du fait cependant d’un commerce plus soutenu en Amérique du Sud. À cela s’ajoute un regain d’intérêt pour l’origine UE depuis le début de l’année, grâce à un euro moins fort.
Malgré ces petits signes encourageants, le manque de lisibilité incite toujours l’abattage découpe à la prudence, en particulier dans les achats de porcs charcutiers. Ce qui n’est pas sans pénaliser l’amont, en proie à des difficultés économiques croissantes, suite à l’envolée actuelle et attendue des prix de l’aliment des porcs charcutiers.
Laure-Anne LEFEBVRE
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La production hausse le ton

Les prix de l’aliment des porcs charcutiers s’envolent, alors que les prix de vente ne sont pas assez rémunérateurs. Un contexte propice aux tensions pour l’amont de la filière, et où toute distorsion de concurrence est source de colère. Sentiment qui se traduit par une volonté d’accentuer la pression sur les industriels, la grande distribution et les pouvoirs publics pour que soit privilégié le porc français. Aux actions d’étiquetage « Origine inconnue, exigez VPF » (Viande de porc française) depuis début septembre, s’est ajoutée la diffusion d’une lettre ouverte rédigée par le Syndicat national de la viande et le Comité régional porcin de Bretagne.
Ce communiqué tente d’alerter l’opinion sur la nécessité de clarifier au plus vite la notion d’origine France, qui peut actuellement être affichée sur des produits issus de porcs nés, élevés et abattus chez nos voisins mais transformés en France.


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