Révolution
José Bové lui-même ne doit pas en revenir. Combattant de longue date la mondialisation, il voit aujourd’hui un fort mouvement d’adhésion à sa cause, provenant d’horizons parfois inattendus. À quelques mois de la campagne présidentielle, le pouvoir d’achat mais aussi les prix alimentaires passionnent les partis politiques et tous sont au moins d’accord sur un point : privilégier le local et la proximité (UMP, PS, FN…). « L’avenir de l’agriculture est au local, contrairement à ce qui a été engagé pendant des années où on a cru au contraire que l’avenir de l’agriculture était au mondial », a déclaré Bruno Le Maire la semaine dernière lors d’une conférence de presse réunissant Le Petit Producteur et Monoprix rue de Varenne. Avant de lancer cette petite phrase : « Le local, c’est l’avenir, la modernité, le révolutionnaire ». Le même déclarait pourtant il y a six mois à peine toute sa détermination à permettre à l’agroalimentaire français de « retrouver l’une des deux premières places du podium mondial à l’exportation » tout en rappelant les atouts de l’industrie agroalimentaire pour les producteurs français « dont elle valorise et vend les produits à l’étranger ». Exporter nos céréales, nos vins, nos fromages à l’étranger serait-il tout à coup passé de mode ? Il est vrai que début janvier le ministre avait déjà rétropédalé sur la question de la limitation des exportations de céréales, en pleine période de flambée des prix. Si la piste du local mérite évidemment d’être mieux exploitée par la filière agroalimentaire, ce genre de déclarations « choc » a de quoi perturber les professionnels tout comme nos partenaires internationaux à la veille du G20 agricole. Mais à travers ces déclarations, est-ce le ministre de l’Agriculture qui parle ou le porteur du projet UMP 2012 ? La question est posée.
Nathalie Marchand