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jeudi 02 septembre 2010 |
Quand le marketing fait appel à l’anthropologie
Pourquoi les pizzas surgelées ne sont-elles pas toujours appréciées par les acheteurs qui disent pourtant suivre le mode d’emploi indiqué sur le paquet ? Des observations in situ peuvent aider les industriels à proposer des produits adaptés et adoptés par les consommateurs.
Les acteurs des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont vite compris l’intérêt de l’anthropologie dans les processus d’innovation. Certains cabinets de consultants y font également appel pour réaliser des études qualitatives de design et de conception de produits. Car l’innovation traduit et rend compréhensible des situations et des pratiques du point de vue de l’acteur, c’est-à-dire telles qu’elles sont perçues par ceux qui les vivent.
« La valorisation de l’anthropologue par l’entreprise repose sur trois piliers : la méthode ethnographique qui produit des données en situation, grâce à des techniques d’observation et d’entretien in situ ; un mode d’analyse favorisant la comparaison interculturelle à l’échelle d’un pays ou d’un groupe restreint d’individus ; et la formulation de concepts pour décrire une situation sans a priori », explique Olivier Wathelet, post-doctorant pour Seb au centre de recherche de l’institut Paul Bocuse, en partenariat avec le centre de recherche en nutrition humaine Rhône-Alpes.
Il cherche à mieux comprendre les pratiques culinaires domestiques. « Plus précisément, nous identifions des compétences qui jouent un rôle important dans la réalisation, la réussite et l’échec de l’activité culinaire domestique », résume le chercheur qui utilise notamment pour cela la cuisine expérimentale du centre de recherche de l’institut Paul Bocuse. « Nous pouvons y conduire des observations, réaliser des vidéos puis visionner le film de la recette avec le cuisinier pour comprendre les critères de sa prise de décision lors de la réalisation ».
Expliquer l’échec de l’usage d’un produit
Il estime que l’industrie pourrait bien plus tirer profit de l’anthropologie. « Elle décrit des pratiques existantes. Elle rend accessible et compréhensible la façon dont les individus prennent des décisions, jugent, agissent, et les facteurs qui les influencent. Ces savoirs expliquent le succès ou l’échec de l’usage d’un produit, mais aussi, en amont de la conception, identifient les facteurs déterminants pour la conception d’un produit ». L’anthropologie identifie également les pratiques peu fréquentes et dont la généralisation est une possibilité d’innovation. « Enfin, l’analyse des usages d’un « prototype » pour un cuisinier (professionnel ou amateur) permet d’apprécier l’ensemble des transformations qu’ils suscitent ».
En théorie, il n’y a donc pas de limite à l’implication de l’anthropologie dans l’industrie. Le domaine de l’alimentation s’y prête même très bien. Quelles sont les différences d’usages d’un produit alimentaire au moment de son achat, de sa préparation ou de sa consommation ? Est-ce qu’un sandwich, acheté ou « fait maison », se mange de la même façon assis dans un parc ou en marchant ?
En montrant « comment une pratique se décline différemment en fonction des situations et des individus, comment aliments et outils de cuisine font l’objet d’usages différents en fonction de ces mêmes variables, l’anthropologie est un acteur pertinent de l’innovation dans le secteur de l’industrie agroalimentaire », conclut Olivier Wathelet.
Yanne Boloh