Boulangerie-pâtisserie |
jeudi 17 décembre 2009 |
Pidy, une PME franco-belge devenue reine des bouchées
L’histoire commence en 1950 dans une petite pâtisserie d’Ypres, en Belgique. Quarante ans plus tard, la famille Dehaeck est à la tête d’une entreprise de 34 millions d’euros de chiffre d’affaires, qui exporte dans plus de 40 pays ses bouchées en pâte feuilletée prêtes à garnir.
Au fond de l’entrepôt de stockage, une discrète porte métallique mène directement de l’usine Pidy à la maison de son patron, Thierry Dehaeck. « Il y a des règles, c’est moi qui décide quand je vais là-bas et on ne frappe pas à ma porte n’importe quand », confie ce quinquagénaire franco-belge. Pour le leader mondial de la bouchée à la reine prête à garnir, vie privée et vie professionnelle semblent néanmoins intimement liées. « Pidy, c’est mon bébé. Le matin, je suis pressé d’être sur place. Le soir, je fais le tour de l’usine qui marche 24 heures sur 24 ».
Avec sa femme, ils sont les seuls actionnaires de l’affaire, montée par son père André en 1967, et qui enregistre aujourd’hui 34 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 250 personnes.
L’histoire familiale commence dans les années 50 à Ypres, ville belge très marquée par la Première Guerre mondiale, où André Dehaeck et sa femme lilloise tiennent la pâtisserie des halles. Il y met au point sa fameuse recette de pâte feuilletée et a un jour l’idée de fabriquer des mini-bouchées prêtes à garnir qu’il propose en sachets à ses clients. Une commerçante de Gand qui passait par Ypres devient sa première grosse cliente. Son grossiste suit. La clientèle afflue et, en 1967, naissent les Pâtisseries industrielles Dehaeck Ypres (Pidy). Le fils Thierry a alors 13 ans et vit pleinement le début de cette nouvelle aventure.
1984-1985 : deux années difficiles
« Je me rappelle être allé à Paris avec mon père regarder des machines », se remémore-t-il. En 1970, la première usine de 520 m2 est construite, elle passera à 3 500 m2 en 1979. Entre-temps, Thierry Dehaeck a rejoint l’entreprise. Il lui donnera son allure internationale après une période difficile. En mai 1984, un incendie ravage totalement l’usine d’Ypres. Quatre mois plus tard, l’entreprise redémarre l’activité dans 5 000 m2 de nouveaux locaux à Ypres. L’année suivante, Pidy réalise sa première acquisition en reprenant « Les cassolettes du cordon bleu » à Tourcoing et démarre son activité en France. Mais un drame familial survient : Martine Dehaeck, la sœur de Thierry, qui devait diriger la nouvelle affaire, se tue dans un accident de voiture. Pidy surmonte ce nouvel épisode. En 1988, une usine est construite à Halluin en France. Et l’année suivante, Pidy crée une société à Chicago.
1990 : l’entreprise s’installe aux États-Unis
« On a très vite commencé à exporter aux États-Unis. Invité par le fancy food show, j’y ai fait mon premier voyage à l’âge de 16 ans. Je suis tombé amoureux des États-Unis. J’ai alors tout de suite dit : « Un jour j’aimerais avoir une entreprise là-bas ». Aujourd’hui, Pidy dispose à Inwood (New York) d’un site de 5 000 m2 spécialisé dans la fabrication de tartelettes et fonds de tarte et réalise 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires.
En 1997, Pidy crée aussi un bureau en Angleterre (où l’entreprise réalise 5,4 millions d’euros de chiffre d’affaires), puis, l’an dernier, s’implante en Allemagne. Aujourd’hui, la PME exporte dans près de 40 pays, mais la France reste son premier marché, avec 12 millions d’euros de chiffre d’affaires, devant le Benelux (6,8 millions d’euros). Dans l’Hexagone, Pidy s’est renforcé en 1997 en reprenant « Les 3 toques », un concurrent installé à Roncq.
Pendant plusieurs années, l’entreprise connaît une croissance comprise entre 5 et 10 %. Grâce à une automatisation très poussée de sa production, Pidy s’affirme comme le leader incontesté des bouchées à la reine prêtes à garnir (qui représentent 70 % de son chiffre d’affaires). À Ypres, les lignes fabriquent 800 000 bouchées par 24 heures (à partir de 70 tonnes de pâtes). En 2007-2008, 3 millions d’euros ont été investis dans l’automatisation de l’emballage des produits cuits. Et en 2010, 2,1 millions d’euros seront injectés dans une nouvelle phase d’automatisation. « Du pétrin au produit fini, il n’y aura plus aucune intervention manuelle », affirme Thierry Dehaeck. Une mécanisation nécessaire pour améliorer les prix de revient de la PME, confrontée depuis l’an dernier à la crise économique. Pour la première fois, en 2009, Pidy devrait voir son chiffre d’affaires stagner du fait de la baisse de ses ventes en RHD et vers les boulangers-pâtissiers.
2010 : priorité au circuit GMS
En 2010 « on va se recentrer vers le consommateur final (NDLR : 35 % du chiffre d’affaires du groupe) », annonce le patron de la PME. Une stratégie qui s’accompagnera du transfert de marque de Pidy vers « Les 3 toques » en GMS, la marque « chef Laurent » étant dédiée aux produits plus haut de gamme. Pidy compte aussi dans les années à venir sur le développement de l’activité B to B qui représente déjà 30 % de son chiffre d’affaires, via des clients comme Grand Saloir St Nicolas. Autre levier de croissance : le développement de la technologie du surgelé (pour les bouchées crues prêtes à cuire, la pâte à chou cuite et le fond de génoise). En 2010, un tunnel de surgélation sera installé sur l’usine d’Halluin. À l’avenir, l’ambition de Pidy est de devenir le spécialiste du prêt à garnir sucré ou salé. Pour y parvenir, Thierry Dehaeck n’écarte pas l’idée de faire de nouvelles acquisitions, mais « en prenant le moins de risques possible ». À 55 ans, il se voit encore aux commandes de l’entreprise pendant une quinzaine d’années. Au-delà, son fils cadet, Laurent, 25 ans, actuellement en charge des ventes aux États-Unis, semble prêt à reprendre le flambeau.
Nathalie Marchand