Dominique Marion, président de la FNAB |
jeudi 11 mars 2010 |
« Nous voulons une démarche bio plus exigeante »
Le président de la Fédération nationale d'agriculture biologique conteste le laxisme des nouvelles normes européennes en matière de bio et craint la présence d’OGM dans les produits biologiques. S’il n’est pas favorable au végétarisme, cet éleveur n’est pas contre un « jour sans viande ».
LM : Quelle est la position de la Fnab sur le nouveau règlement bio, notamment en ce qui concerne le seuil de 0,9 % d’OGM ?
Dominique Marion : Quand la Commission européenne a révisé le règlement bio, elle souhaitait lever des freins au marché. Nous étions en désaccord avec la totale libéralisation voulue par la Commission. Nous avons gagné sur certains points, mais le seuil de 0,9 % d’OGM est évidemment inacceptable. Nous avons été nombreux, producteurs, distributeurs, industriels, à protester car les nouvelles normes du règlement européen vont changer fondamentalement les pratiques de l’agriculture biologique telles qu’elles ont été écrites au sein de la fédération internatonale du bio (IFOAM). Nous allons lancer la marque Alternative Bio, avec un cahier des charges plus exigeant.
LM : Où en est cette marque ?
D. M. : Elle a été lancée par la Fnab avec l’appui d’un certain nombre de transformateurs et de distributeurs, Biocoop et Bio Monde Solidarité. Le travail a débuté depuis maintenant un an et demi. Annoncée à l’AG de la Fnab le 31 mars, la marque sortira en avril. Nous voulons identifier une agriculture biologique intégrant les critères sociaux et environnementaux qui nous ont été refusés à la Commission européenne. Les pratiques françaises intéressent aussi d’autres pays européens. Nous négocions actuellement avec des transformateurs et distributeurs européens, allemands, anglais, belges et autrichiens en particulier.
LM : Le seuil de 0,9 % sur les OGM ne risque-t-il pas de provoquer des contentieux entre producteurs ?
D. M. : Nous avons déjà eu le cas. Un moratoire existe en France depuis trois ans. Nous souhaitons qu’il soit permanent, malgré les dernières décisions de Barroso. C’est bien à l’État d’assumer la sécurité de ses paysans. S’il y a des contaminations suite à des mises en culture après la fin du moratoire, nous nous retournerons contre les responsables, à savoir l’État, les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement mais aussi les coopératives et négociants, les producteurs de semences et les vendeurs. Tout le monde devra assumer sa responsabilité dans ce domaine.
LM : Les importations étant importantes, le risque de trouver des OGM en bio est-il fort ?
D. M. : C’est une réalité. Dans les spécificités françaises sur les OGM, il n’est pas possible de fabriquer des aliments bio après avoir fabriqué de l’aliment conventionnel, mais en Belgique, ce n’est pas le cas. Dans une région de l’Ouest, un agriculteur en conversion bio achetant de l’aliment pour ses vaches à des prix plus bas en Belgique s’est retrouvé avec des taux de contamination d’OGM importants. La loi économique du moins cher comporte des risques. Si la France n’avait pas tant de retard, les importations seraient plus faibles. La demande du marché n’a pas pu être comblée par les producteurs français car l’État n’a pas joué son rôle de moteur et les organisations professionnelles ont tout fait pour ralentir. La question reste de savoir si l’augmentation des conversions va inverser les flux d’importation.
LM : La démarche marketing des distributeurs ou des industriels vous gêne-t-elle ?
D. M. : Nous n’avons pas le pouvoir de juger si cela est bien ou mal. Les distributeurs font ce qu’ils veulent. Il y a une quinzaine d’années, Michel-Édouard Leclerc m’a dit qu’il n’avait pas besoin de bio dans ses magasins. Il se trompait. À l’époque de la crise de la vache folle, Auchan nous a contactés parce qu’il voulait redorer son blason et faire revenir les consommateurs en linéaires avec de la viande bio. Les distributeurs devront choisir entre une agriculture biologique de niche ou une agriculture biologique en développement. Quant aux industriels, ils doivent se positionner en fonction de nos pratiques. Si l’objectif est de dégager un maximum de marges pour rémunérer les actionnaires, les paysans bio ne doivent pas payer. Dans le conventionnel, et notamment dans la pomme de terre, des industriels ont débuté une filière pour finalement l’abandonner au profit d’un autre producteur parce qu’il était moins cher. Nous n’en voulons pas dans le bio.
LM : Le mélange entre bio et végétarisme ne risque-t-il pas d’être préjudiciable pour la consommation de viande biologique ?
D. M. : À l’exception de quelques produits spécifiques importés, la France est autosuffisante en viande biologique. Le bio n’est pas du végétarisme mais souvent le végétarisme est bio. La plupart de la viande consommée est issue d’animaux qui ne sont pas élevés dans de bonnes conditions. L’agriculture biologique doit conserver la qualité de vie des animaux pour avoir des produits de qualité. Il faudra de toute façon manger moins de viande. Nous ne pourrons pas rester sur ces tendances de consommation. Et nous ne serions pas contre une journée sans viande, un lundi par exemple. Si le consommateur mange de la viande, il doit savoir dans quelles conditions l’animal a été élevé, abattu et transporté. Il n’est pas question de dire que tout est mauvais dans le conventionnel, mais dans beaucoup d’élevages et d’abattoirs industriels, les critères économiques ont pris le pas sur le bien-être.
LM : Pensez-vous que les consommateurs mangent trop de viande ?
D. M. : Cela est évident. En Europe, nous mangeons trop de viande. Cela est préjudiciable pour l’équilibre alimentaire. Les consommateurs devraient manger plus de fibres, plus de légumes, moins de plats cuisinés, quitte à faire du lobbying au niveau des collectivités locales pour retrouver des jardins collectifs. Cet excès de viande lié à une histoire collective est complètement dépassé. Il est possible de trouver des équivalences avec des céréales et des légumineuses. Il faut rappeler que 70 % des steacks hachés proviennent de vaches laitières, dans le conventionnel comme dans le biologique.
Propos recueillis par Anne-Sophie Le Bras