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ÉDITO

jeudi 27 mai 2010

Nature capitale


La phrase a sifflé comme une balle perdue, à peine perceptible entre deux rafales persuasives sur les ambitions françaises de Kraft Foods. C’est la responsable « R & D monde » du géant américain de l’alimentaire qui l’a prononcée, à l’occasion de la pose de la première pierre du futur centre de recherche et développement de Kraft Foods en région parisienne (lire page 8). Le coup est parti d’une question ingénue d’un journaliste : « Comment faites-vous pour faire que vos produits soient “ délicieux tous les jours ” (NDLR : « make today delicious » est le slogan de KF) ? » La réponse a fusé (en anglais). On pourrait la traduire par : « Notre technologie nous permet de fabriquer des produits délicieux à partir de n’importe quelle matière première (any raw materials) ». Loin de nous bien sûr, l’idée que Kraft Foods choisisse ses approvisionnements parmi « n’importe quelle matière première ». La preuve, le fabricant des biscuits LU, des chocolats Suchard ou du café Jacques Vabre, était l’un des partenaires de Nature Capitale, le happening des Jeunes agriculteurs sur les Champs-Élysées. Kraft Foods y a notamment vanté ses relations avec les céréaliers français, invités à produire « selon la charte LU’Harmony » des blés cultivés selon « 28 pratiques exigeantes » limitant notamment l’impact de leur culture sur l’environnement. Il n’empêche que ce cri du cœur de la responsable de Kraft Foods rappelle que les intérêts de l’industrie agroalimentaire et du monde agricole, passé les grandes embrassades médiatiques, sont loin d’être toujours convergents. Le process et le marketing, c’est vrai, font parfois plus pour certains produits que la qualité intrinsèque des matières premières. Et les producteurs de produits frais ont bien du mal à surmonter les obstacles qui les éloignent des consommateurs pour faire valoir la qualité des produits « bruts ».

Bruno CARLHIAN
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