Thomas Marko |
vendredi 16 juillet 2010 |
« Notre spécialité, ce sont les problématiques complexes »
Outre une activité de communication auprès de grandes marques alimentaires, l’agence Thomas Marko & Associés défend l’image de producteurs de boissons alcoolisées et depuis peu des filières bioéthanol et semences et plants. Thomas Marko nous explique comment.
Les Marchés Hebdo : Expliquez-nous en quelques mots en quoi consiste votre métier de conseil en relations publiques...
Thomas Marko : Les relations publiques servent à fluidifier les relations d’une entreprise, d’une marque, d’une collective avec ses publics. Cela consiste à identifier les parties prenantes auxquelles on doit s’adresser puis faire en sorte qu’il n’y ait pas d’obstacle dans les messages que l’on veut faire passer. Notre agence exerce cette activité au sein de deux pôles : un pôle institutionnel avec une offre pour la gouvernance des organisations (préparation à la prise de parole, lobbying, communication de crise), un pôle marques et produits tourné vers le consommateur.
LMH : La moitié de votre clientèle relève de l’agriculture ou de l’agroalimentaire. Pour quelles raisons ?
T. M. : À nos débuts, nous avons travaillé pour de grands groupes alimentaires comme Nestlé, Ferrero, Mars Alimentaire. Aujourd’hui, nous bénéficions d’une clientèle importante dans l’agroalimentaire (l’Interprofession des vins de Loire, France Farine, Lapin de France...), mais aussi en agriculture (le Cniel, Sodiaal, Agri Confiance/Coop de France, l’Odyssée Végétale...). Deux nouveaux clients nous ont accordé leur confiance : la Collective du bioéthanol et la plateforme OGM pour la refonte de son site internet pilotée par le GNIS, l’interprofession des semences et plants.
LMH : Il s’agit souvent de produits controversés dans le débat public (alcools, produits sucrés, mais aussi OGM, biocarburants). C’est un hasard ?
T. M. : Non, bien sûr. Notre valeur ajoutée, c’est de savoir traiter les problématiques complexes. Notre premier client, à la fin des années 80, était l’industrie du tabac. Nous avons appris à travailler pour des produits que la société, à un moment de son évolution, a considéré comme discutables. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons une clientèle importante dans la viticulture, la bière et les spiritueux par exemple. Les questions de sécurité et de santé ont envahi l’univers agricole et alimentaire. Notre travail consiste à montrer que l’immense majorité des produits alimentaires ne sont pas tout bons ou tout mauvais pour la santé, mais qu’il s’agit d’usage et de quantité. C’est ce qu’écrit le professeur David Khayat sur le régime anticancer*. Il estime par exemple que l’on dénonce trop hâtivement une prétendue surconsommation de viande rouge en France, mais aussi que l’on survalorise celle de poissons gras où l’on trouve une présence inquiétante de métaux lourds. Les allégations santé, largement exploitées ces dix dernières années, peuvent devenir suspectes lorsqu’elles occultent les aspects négatifs des produits. Il faut savoir les utiliser avec circonspection.
LMH : Faute de pouvoir parler positivement de santé, les filières et les entreprises agricoles et alimentaires vont-elles se tourner vers le développement durable ?
T. M. : Incontestablement, c’est le mouvement qui s’opère. La problématique de la santé publique s’est élargie en intégrant celle de l’environnement. L’argument du « durable » est sans doute abusivement utilisé. Il n’empêche que la préoccupation du public ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Les agriculteurs ont tout intérêt à mettre en valeur les efforts qu’ils font en matière de bonnes pratiques environnementales plutôt que d’adopter parfois une attitude d’opposition aux aspirations sociétales. Par exemple, le public doit savoir qu’à travers Agri Confiance, les coopératives agricoles font des efforts considérables.
LMH : N’y a-t-il pas un piège à s’insérer dans des débats orchestrés par des associations hostiles par principe à l’agriculture intensive ?
T. M. : C’est vrai que l’aspiration au développement durable est pleine de contradictions. Qu’est-ce qui est préférable : le tout bio, des produits frais accessibles à tous, le moindre coût carbone, le commerce équitable, une agriculture ancrée dans les territoires ? Faut-il privilégier une fraise bio, même si elle a parcouru des milliers de kilomètres ? L’intérêt de l’époque actuelle, c’est que l’on ne sait pas encore quel paramètre va prendre le dessus.
LMH : Les productions animales sont-elles à l’abri de ces débats ?
T. M. : La question d’avenir pour elles, c’est le bien-être animal. Ce sujet va connaître un développement très important. Les associations les plus doctrinaires ont compris que la culpabilisation du consommateur est plus efficace que les arguments environnementaux. Ils sont aidés par le soutien de personnalités médiatiques et par l’utilisation des images. Je suis convaincu qu’elles mettront la pression sur la distribution et les chaînes de restauration.
LMH : La loi de modernisation agricole vise, entre autres, à renforcer le rôle des interprofessions. Leurs actions en matière de communication vous paraissent-elles satisfaisantes ?
T. M. : Ce sont des outils sans équivalent. Les personnes qui les animent sont souvent talentueuses mais manquent parfois de reconnaissance. Le principal problème de certaines interprofessions, c’est un modèle de gouvernance inadapté à un environnement qui nécessite des décisions rapides. L’autre difficulté, c’est la durée. En matière de communication, il faut souvent investir pendant des années avant de recueillir le fruit de ses actions. Cela se révèle souvent impossible. Par ailleurs, un certain nombre de difficultés rencontrées par les interprofessions pourraient être aplanies par une meilleure communication interne.
* Le Vrai Régime anticancer, Éd. Odile Jacob, 2010.
Propos recueillis par B. C.