Bernard Skalli, président de Pastacorp (Lustucru) |
jeudi 18 mars 2010 |
« Lustucru est associé au patrimoine français »
Bernard Skalli, propriétaire de la marque Lustucru, entend la relancer sur le marché français. Il annonce le lancement d’une gamme bio et d’une grande campagne publicitaire télévisée en septembre prochain.
Les Marchés Hebdo : Après la vente de l’activité riz du groupe RCL, démantelé en 2002, vous avez repris la direction opérationnelle des actifs familiaux en 2005. L’entreprise, rebaptisée Pastacorp, est désormais concentrée sur la semoule et les pâtes sèches et appertisées (Lustucru, Rivoire et Carret, Floraline, et plusieurs marques destinées à l’export). Que s’est-il passé depuis votre retour aux affaires?
Bernard Skalli : Beaucoup de choses ! Nous avons travaillé à la réorganisation de l’entreprise, tant d’un point de vue industriel que marketing et commercial. L’année dernière, nous avons implanté une antenne en région parisienne, à Boulogne-Billancourt, où est regroupé le service marketing. Entre-temps, mon neveu Antony est entré dans l’entreprise, comme directeur du développement. Ensemble, nous avons l’ambition de faire revenir l’entreprise plus forte sur le marché.
LMH : Avec quelle stratégie ?
B. S : Notre objectif, c’est de valoriser nos marques (Lustucru, mais aussi Rivoire et Carret), en nous appuyant sur notre savoir-faire particulier et en pariant sur l’innovation. Le marché des pâtes sèches est encore dominé par celui des pâtes « italiennes » et par des marques associées à cette origine (1). Or nous nous appuyons sur des modes de fabrication différents, notamment les pâtes aux œufs, dont nous sommes, et de loin, les principaux spécialistes. Nous sommes également la seule marque associée au patrimoine français, d’un point de vue économique comme publicitaire, avec une marque bientôt centenaire.
LMH : Quel objectif recherchez-vous ?
B. S : Le développement de la valeur ajoutée de nos marques. Si nous ne pesons que 10 % du marché des pâtes sèches, nous détenons sans doute le meilleur ratio en matière de valorisation. Mais cela demande d’être créatifs et c’est ce que nous essayons d’être. Lustucru a été la première marque nationale à proposer les pâtes à cuisson rapide et les pâtes aux légumes. Fin 2009, nous avons créé une gamme Lustucru aux œufs « plein air » (lire LMH du 11 février dernier). Dans les prochaines semaines, je peux vous annoncer le lancement de quatre références d’une gamme biologique, la première parmi les grandes marques. Notre souhait, c’est de nous démarquer par le goût et par les « plus produit », sur un marché dominé à 46 % par des produits standard. Un seul exemple : notre gamme « bio » est certes 100 % biologique, mais elle bénéficie aussi d’une recette originale, composée à 10 % d’épeautre, qui donne aux pâtes un petit goût de noisette.
LMH : Le bio, c’est un segment amené à se développer ?
B. S : C’est ce que nous pensons. Aujourd’hui, il ne pèse que 2 % du marché des pâtes. Mais nous comptons bien aider l’offre à grandir.
LMH : Ces lancements successifs sont-ils bien accueillis par la grande distribution, qui semble donner en ce moment la priorité au discount ?
B. S : Oui, les pâtes « plein air » ont été référencées par la grande distribution dès leur sortie, en novembre, ce qui ne tombait pas sous le sens. La grande distribution a besoin de marques qui animent l’offre et le rayon. Or nous disposons d’une marque forte, que nous comptons consolider. Lustucru va faire un retour remarqué sur les écrans de télévision. Nous préparons actuellement une grande campagne publicitaire télévisée avec l’agence TBWA/BDDP. Vous pourrez la voir en septembre prochain.
LMH : Globalement, la tendance de consommation de pâtes est-elle favorable ?
B. S : En France, oui. Certains disent que la crise est passée par là, car c’est le produit alimentaire le meilleur marché. En 2009, le marché a progressé en volume de 2 %. Et sur la première période de 2010 (janvier), de 6 %.
LMH : Les produits préparés à base de pâtes, type lunch box, rencontrent un succès sans précédent dans l’univers alimentaire. Cela ne doit pas vous laisser indifférent ?
B. S : Non, bien sûr. Nous sommes présents sur ce marché depuis deux ans avec un produit appertisé conditionné en doypack, sous la marque Rivoire et Carret. Nous préparons une relance de cette gamme en mai prochain. Et nous avons d’autres projets dans les cartons…
LMH : Le Salon de l’agriculture vient de s’achever, quelles sont vos relations avec le monde agricole français ?
B. S : Elles sont très anciennes. Les métiers de la famille Skalli sont à l’origine ceux du raisin, dans lequel s’est investi mon cousin Robert, et du blé dont je me suis occupé dès mon entrée dans l’entreprise, en 1976. Mon oncle a fondé les Grands Moulins Maurel, à Marseille, et mon grand-père a construit, en 1954-1956, la Semoulerie de Normandie à Rouen, pour assurer les débouchés du blé dur produit en Algérie. Si la France a considérablement développé sa production de blé dur (lire encadré), la famille Skalli y est pour quelque chose. L’entreprise familiale a contribué à la constitution d’une filière française, notamment mon père, puis moi-même, à la tête du Comité français de la semoulerie industrielle, que j’ai présidé pendant une dizaine d’années. Nous avons longtemps été propriétaires d’une grande exploitation céréalière dans le sud de la France, mais aussi d’une casserie d’œufs. Nous avions alors pour idée de maîtriser la fabrication de nos produits, du champ à l’assiette, et nous avons beaucoup œuvré à l’amélioration variétale du blé dur, au développement de sa productivité. La connaissance de la matière première est toujours une préoccupation essentielle et nous entretenons des relations suivies avec les agriculteurs et les coopératives.
(1) Panzani et Barilla, notamment.
Propos recueillis par Bruno Carlhian