OVOPRODUITS |
jeudi 22 avril 2010 |
L’Europe se replie dans sa coquille
L’avenir s’annonce favorable pour les ovoproduits. L’Europe en profitera-t-elle ? Pour cela, elle devra compter avec d’autres bassins de production, comme on a pu le constater lors du Comité international de l’œuf, qui s’est réuni à Paris la semaine dernière.
Que ce soit en France ou dans le reste du monde, la filière œuf se veut optimiste quant à son avenir d’ici à 2020. Source de protéine bon marché, aux qualités intrinsèques de plus en plus reconnues, tant en termes de sécurité alimentaire que d’atout nutritionnel, l’œuf pourrait bien tirer son épingle du jeu ces prochaines années. Surtout dans un monde où la population et ses besoins en protéines animales ne cessent de s’accroître. Toutefois, si la filière a bien une carte à jouer, cela ne se fera pas sans effort. En particulier en Europe. Car le Vieux Continent pourrait ne pas être le mieux placé pour profiter de cette embellie mondiale. Sans le condamner à céder du terrain au profit des puissances émergentes, des zones d’ombre persistent quant à son avenir, en particulier l’augmentation sensible de la concurrence. Car tous les grands bassins de production semblent bel et bien motivés à ne pas rater le train de la croissance, et seront de plus en plus capables de proposer de la marchandise de qualité à des prix compétitifs. C’est en tout cas l’image qu’ont voulu donner les entreprises membres du Comité international de l’œuf (IEC) rassemblées la semaine dernière à Paris pour échanger sur leur vision de la prochaine décennie.
L’Asie, le concurrent de demain
L’Asie apparaît le continent le plus conquérant. Avec 60 % des œufs pondus à travers le monde et un impact dans la hausse de la consommation mondiale estimé à 37 % ces prochaines années, la Chine devrait rester le principal moteur asiatique. Si l’on ajoute à cela sa rapidité d’assimilation et de mise en pratique des normes de qualité et de sécurité, il y a fort à parier que ses rêves de conquête se concrétiseront. L’Asie prévoit d’ailleurs une baisse régulière de ses importations et une hausse marquée de ses exportations d’ici à 2020.
Autre concurrent à surveiller de près : l’Amérique du Nord. Ce bassin de production présente des similitudes avec notre continent, en particulier en ce qui concerne l’attente des consommateurs en matière de santé, d’environnement et de bien-être animal. Reste que sa production est d’ores et déjà plus compétitive que la nôtre et qu’elle pourrait bien le rester à court terme. En effet, alors que la production européenne va être fortement perturbée par l’échéance 2012, les États-Unis jouent la concentration de tous les maillons de la filière au sein d’une même entreprise. Aussi les coûts sont-ils, selon eux, limités et les effets sur l’environnement mieux maîtrisés. Autre paramètre dont l’Europe doit tenir compte : leurs capacités technologiques et d’innovation, finalement pas si éloignées des nôtres.
L’Amérique latine pourrait elle aussi jouer un rôle important dans l’évolution du monde de l’ovoproduit. Il faut notamment s’attendre à une hausse sensible du nombre d’entreprises et de leur aptitude à proposer de la marchandise bon marché et de qualité. Ce développement pourrait toutefois entraîner une offre trop abondante ou une compétition démesurée entre sociétés, ce qui, au final, pourrait peser sur les prix régionaux... et mondiaux.
L’Europe doit réagir au plus vite
Les dix prochaines années ne s’annoncent donc pas de tout repos pour l’industrie européenne. Une question occupe tous les esprits : comment rester compétitifs dans le contexte d’une production plus mesurée et plus onéreuse ? Certes, l’avance prise par l’Europe en termes de qualité, de traçabilité, d’innovation, de bien-être et d’environnement, incite à garder confiance. Il faudra néanmoins convaincre chaque client qu’elle justifie à elle seule un prix de vente plus élevé, car rien ne permet de miser sur un regain de compétitivité de notre marchandise. Au contraire, l’application de la réglementation sur le bien-être animal au 1er janvier 2012, laisse entrevoir un net repli de notre production puis un lent retour de l’offre. Le récent effet de la mise aux normes anticipée de l’Allemagne sur les niveaux de prix des œufs en amont de la filière, ne pourrait être qu’un petit avant-goût de notre futur proche.
De quoi inquiéter une bonne partie des industriels. Car consolider sa position revient à investir. Or, le présent n’est déjà pas radieux et n’autorise pas les entreprises à aborder l’avenir avec sérénité. Depuis plus d’un an, le manque à gagner est chronique et les trésoreries sont dans le rouge, ou s’en rapprochent.
Il faut dire que l’étau ne cesse de se resserrer. D’un côté, la Tendance nationale officieuse (TNO) de l’œuf destiné à l’industrie s’installe autour de 0,998 euro le kilo depuis janvier contre 0,846 euro le kilo en 2009, soit une hausse de 18 %. Si des contrats permettent une couverture à moindre coût, la tendance de fond est bel et bien là : la matière première est plus onéreuse. Or, dans le même temps, nos ventes à l’export s’essoufflent, et la course aux bas prix reste de rigueur en Europe. L’entier liquide se vend entre 1,20 et 1,30 euro/kg, alors qu’il s’écoulait entre 1,10 et 1,20 euro/kg l’an dernier. Soit une hausse de 8,7 %. Et la tendance est assez similaire pour les autres ovoproduits. Aucune inversion n’est à prévoir, la matière première s’annonçant encore plus mesurée à moyen terme. La solution est donc désormais entre les mains de l’aval qui, s’il exige des garanties d’origine et de qualité, se devra d’y mettre le prix.
Laure-Anne LEFEBVRE