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jeudi 12 avril 2012 |
L’agneau, un produit de plus en plus confidentiel
Si les Français aiment à renouer avec les traditions le temps du déjeuner pascal, l’agneau reste absent des assiettes au quotidien. En cause : un prix très élevé faute de disponibilités en France comme dans le reste du monde.
La presse culinaire a sorti ses dossiers de recettes pour Pâques, et comme le chocolat, l’agneau figure en bonne place dans les idées de menu. Le gigot est toujours présenté comme une tradition incontournable. Pour autant, les opérateurs n’ont pas abordé les festivités pascales avec un enthousiasme effréné. Les consommateurs font des économies. Les périodes électorales sont toujours sources d’inquiétude, et la morosité économique n’incite pas à délier les cordons de la bourse. Néanmoins, Pâques a eu lieu cette année en début de mois et deux zones n’étaient pas en vacances scolaires, deux facteurs habituellement propices aux achats des Français.
Si la viande d’agneau reste appréciée pour les grandes occasions, elle est sérieusement handicapée au quotidien par son prix au détail. Mi-février, le panel Kantar notait que le prix moyen en grandes et moyennes surfaces (GMS) de la viande ovine s’établissait à 13,10 euros le kilo. C’était donc la troisième viande la plus onéreuse au rayon boucherie, derrière le cheval, vendu à 15,62 euros le kilo et le veau, à 14,73 euros le kilo. Les achats des ménages en GMS pâtissent de cette situation. Sur l’ensemble de 2011 par rapport à 2010, ils se sont repliés de 5,8 %, pendant que le prix moyen grimpait de 5,4 %. Sur cette période, la viande ovine fraîche ne comptait plus que pour 2,5 % des volumes de viandes, volailles et charcuteries achetées par les ménages, certes devant le cheval (0,4 %,) mais derrière le veau (3,2 %).
Si, sur la période de quatre semaines s’achevant le 19 février, les achats des ménages sont stables par rapport à la même période de 2011, ils ont fortement reculé (-12,4 %) par rapport à 2010.
Des prix records en l’absence de concurrence étrangère
Du côté de l’offre, la situation évolue peu. Les disponibilités françaises demeurent dans l’ensemble limitées, même si les abattages contrôlés d’agneaux ont grimpé de 3 % en 2011 par rapport à 2010, selon Agreste. Cette hausse est en partie due à une augmentation de la productivité numérique des brebis. Mais les réformes ont aussi été plus nombreuses tout au long de 2011, particulièrement au moment de la sécheresse. Le cheptel reproducteur s’est donc réduit, laissant entrevoir une offre d’agneaux français encore plus restreinte en 2012. Ainsi en février dernier, les abattages d’agneaux se sont fortement repliés. À 286 000 têtes, ils étaient 4,45 % sous leur niveau de janvier 2011. De quoi contribuer à garder des niveaux de prix élevés. À 6,49 euros le kilo fin décembre, le prix moyen pondéré (PMP) des agneaux a dépassé tous ses records. Depuis, les prix se sont à peine effrités. Deux semaines avant Pâques, à 6,28 euros/kilo, le PMP était 2,28 % plus élevé qu’à la même période de 2011.
Pour répondre à la demande, même limitée, la France cherche de la viande ovine à l’étranger. Mais en janvier, les importations n’atteignaient que 7 700 tonnes équivalent carcasse (téc), soit 6 % de moins qu’en 2011. Les envois de la Nouvelle-Zélande et de la Grande-Bretagne restent en baisse, respectivement à 1 200 téc (-22,5 %) et 3 800 téc (-12 %) d’après Agreste. Pour notre voisin britannique, ce repli s’explique par une baisse de 5 % de la production ovine, à 23 500 téc. Mais aussi par l’essor des envois vers l’Allemagne, l’Italie et l’Asie. De quoi limiter les produits disponibles pour la France. En Nouvelle-Zélande, la production ovine bat son plein, du fait des décalages de sorties et des bonnes conditions climatiques. Les sorties d’agneaux y ont progressé de 19 % en janvier par rapport à 2011, d’après l’Institut de l’élevage. Mais du fait de la dégradation de la parité du dollar néo-zélandais avec l’euro et la livre sterling, et d’une demande accrue en Asie, les exportations vers l’Europe ont dégringolé de 17 % par rapport à 2011.
Seuls les envois de l’Irlande vers la France ont progressé (+ 10 %), atteignant 1 350 téc. Les abattages irlandais, à 2,41 millions de têtes, ont augmenté de 28 000 animaux entre 2010 et 2011. Cet essor est cependant dû à l’importation de 16 000 agneaux vifs d’Irlande du Nord et masque la poursuite du mouvement de décapitalisation. Tout laisse à penser que, faute de disponibilités chez nos partenaires, nos importations resteront limitées à long terme.
Le virus de Schmallenberg pourrait aggraver le déficit
Le manque d’offre qui contribue à la hausse des prix pourrait s’accentuer à moyen terme avec l’apparition du virus de Schmallenberg (SBV). Sans grande conséquence chez les adultes, ce virus provoque la naissance d’animaux malformés ou mort-nés et des avortements suite à l’infection des femelles en gestation. Début mars, 634 élevages ovins français étaient touchés, surtout dans le Limousin, le Poitou-Charentes, la Lorraine et du Mont-St-Michel à Dunkerque. Le troupeau Lacaune est pour le moment globalement indemne.
Il est difficile encore d’envisager les conséquences à long terme de cette maladie. Une chose est sûre : entre le SBV et la baisse du cheptel reproducteur, la production française devrait rester à la traîne en 2012.
Virginie PINSON