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Arrêté du 19 avril 2012 relatif
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PRODUITS

jeudi 05 mai 2011

Les premières grenouilles élevées en France arrivent dans les assiettes


Après plus de deux ans de travail, le premier élevage français de grenouilles va débuter la commercialisation de sa production. Retour sur une expérience pionnière dans l’Hexagone, mise en place dans la Drôme grâce à la complicité de l’Inra de Rennes.

La raniculture (ou ranaculture) : ce mot ne vous dit peut-être rien et c’est tout à fait légitime. Pourquoi ? Parce que ce terme désigne l’élevage de grenouilles et que, jusqu’à maintenant, il n’en existait pas en France. En tout cas pas sous forme intensive. Mais c’est désormais chose résolue puisque depuis deux ans, Patrice François, poissonnier dans la petite ville de Roanne, dans la Loire, s’est attelé au défi. Il a investi au total plus de 250 000 euros pour créer le premier élevage industriel de grenouilles de l’Hexagone en s’installant à Pierrelatte, dans la Drôme. Le lieu d’implantation de l’élevage n’est pas dû au hasard. Non seulement la situation géographique assure une météo clémente tout au long de l’année avec des températures douces et une hydrométrie convenable, mais en plus l’élevage bénéficie d’un système de chauffage à moindre coût grâce à sa proximité directe avec une centrale nucléaire. En effet, l’exploitation aquacole est équipée d’un système de récupération de chaleur qui lui permet de chauffer la serre. D’ailleurs, toutes les exploitations agricoles de la zone (essentiellement des serres aquacoles et horticoles) bénéficient de ce système, tout comme une partie des habitations. Ce mode de chauffage à moindre coût est le gage de la viabilité économique de l’élevage. Jusqu’à maintenant, la raniculture ne s’est pas développée en France à cause de trois problèmes majeurs. Le premier est l’importance du coût de chauffage des bassins (les grenouilles s’arrêtant de s’alimenter en dessous de 18 °C) qui vient grever le rendement d’une exploitation. Le deuxième est l’alimentation des grenouilles qui, à l’état sauvage, ne mangent que des proies vivantes. Enfin, le troisième obstacle est un taux de mortalité important dû à des tendances cannibales des animaux. Ces deux dernières problématiques ont pu être résolues grâce à une souche mise au point par André Neuveu, l’expert français de la raniculture à l’Inra de Rennes, aujourd’hui à la retraite. Cette souche accepte les aliments inertes et ses tendances cannibales en captivité sont réduites.

2 500 m2 sous serre

L’élevage de grenouilles de Patrice François s’étend sur 2 500 m2 sous serre et devrait produire 10 tonnes cette année. L’exploitation s’organise en plusieurs espaces. Le premier est consacré à la reproduction des grenouilles et abrite les reproducteurs et reproductrices. Ceux-ci ont été fournis par l’Inra de Rennes. Parmi les principales caractéristiques de cette souche, on compte : l’acceptation d’aliments inertes, un bon taux de reproduction, une faible tendance au cannibalisme et une croissance rapide (moins de deux ans). L’espace des reproducteurs contient plusieurs bassins équipés d’une petite flaque d’eau. Pour une reproduction optimale, les animaux sont placés en hibernation durant six mois de l’année. À la sortie de l’hibernation, ils passent en phase de reproduction pendant trois mois puis en phase de récupération durant trois autres mois.
Le deuxième espace est consacré à l’élevage des œufs. Il s’agit d’une série d’aquariums alimentés en eau de manière permanente, dans lesquels sont disposés les œufs fécondés. En 5 à 7 jours, les œufs éclosent pour laisser naître les têtards.
La nurserie est une succession de bassins dans lesquels les têtards sont placés durant environ 40 jours. Les bassins, pleins d’eau, sont chauffés à 20 °C. Ils peuvent contenir entre 2 000 et 5 000 têtards chacun. Les têtards sont nourris avec le même aliment que les adultes (un aliment à l’origine prévu pour un autre type d’aquaculture). Dès que la croissance des têtards est terminée, c’est-à-dire une fois qu’ils ont leur forme de grenouille et qu’ils ont perdu leur queue, des pièges sont installés dans les bassins. Ces pièges sont relevés et les grenouillettes sont déplacées dans des bassins de croissance où elles resteront encore neuf mois.

Un élevage intuitif

« La principale difficulté de cet élevage repose sur le manque de recul que nous avons, explique Patrice François. Même si les animaux sont résistants aux pathogènes puisque leur système immunitaire se situe sur la peau, les facteurs de développement des animaux ne sont pas encore tous bien connus et maîtrisés. Par exemple, certains œufs se développent plus vite que d’autres et nous ne savons pas pourquoi. Nous avons aussi noté que lors d’épisodes pluvieux les pontes augmentaient fortement, jusqu’à un facteur de 5 ! Par ailleurs, il semble que la luminosité joue également un rôle important dans le développement des adultes. » Si la raniculture en France en est donc encore au stade intuitif, l’expérimentation menée par Patrice François devrait apporter de nombreuses réponses et proposer des solutions performantes dans le développement de cette filière. D’ailleurs, le gérant prévoit d’atteindre une production de 20 tonnes dès 2012.
Les débouchés de cette production s’orientent exclusivement vers l’alimentation humaine. Patrice François a déjà signé un accord commercial avec une grande enseigne de la distribution alimentaire pour les professionnels de la restauration. Les premiers abattages devaient avoir lieu d’ici quelques semaines. La salle d’abattage, située sur l’exploitation, est en cours d’agrément auprès des services vétérinaires. L’élevage devrait commercialiser ses grenouilles autour de 30 euros le kilo de grenouille abattue.
C. C.
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Quelle consommation en France ?

Yannick Ramage, Patrice François et sa femme
Selon un rapport édité en 2004 par André Neveu sur la raniculture en France, la consommation de grenouille en France se concentre traditionnellement dans les zones de marais (Vendée, Dombes…) mais aussi en zone de moyenne montagne (Ardennes, Jura…). Jusque vers les années 60, les récoltes régionales, de 40 à 70 tonnes par an (grenouilles entières) étaient suffisantes pour la consommation nationale. Par la suite, la réduction des stocks et les progrès en matière de conservation ont conduit à importer des animaux vivants puis des cuisses surgelées. Depuis 1980, les prélèvements commerciaux dans la nature sont interdits en France et seule la pêche de loisir reste tolérée pour certaines espèces.
Les importations se sont alors développées suivant deux filières : cuisses surgelées destinées à la grande distribution, à partir des pays d’Extrême-Orient (Indonésie, Chine…), et animaux vivants destinés sur-tout à la restauration, à partir de pays méditerranéens (Turquie, Égypte, Albanie…). Cette deuxième filière est en régression, avec des prix en hausse.


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