Filière bovine |
jeudi 13 janvier 2011 |
La gasconne trace son chemin hors de son berceau d’origine
Rustique et productive, la race bovine gasconne séduit de plus en plus d’éleveurs, en France comme à l’étranger. De nouveaux marchés se mettent en place, mais la production doit suivre. Si sa viande est appréciée, l’engraissement n’est toutefois pas une tradition dans la filière.
C’est essentiellement dans les prairies pyrénéennes que l’on croise les troupeaux de bovins gascons, reconnaissables à leur robe grise et à leurs grands yeux entourés de noir, comme s’ils étaient maquillés. Mais cette vache rustique, autrefois utilisée pour les travaux du sol et la traction, et connue comme étant « la plus rude du territoire français », car elle supporte les climats extrêmes, est de plus en plus élevée en plaine, partout en France et dans de nombreux pays étrangers, où elle s’exporte par troupeaux entiers. « Sur l’Hexagone, l’effectif global de femelles gasconnes de plus de trois ans est de 21 560 têtes, indique Jean-Pierre Gajan, directeur du Groupe Gascon*, à Villeneuve-du-Paréage (Ariège). Les troupeaux sont essentiellement concentrés sur Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon (18 600 têtes), puis répartis dans 74 départements. »
Comme le soulignent les responsables de la filière, « la gasconne est aujourd’hui une vache « multiservices » adaptée à toutes les facettes de la production ». Sa rusticité lui permet aussi bien de passer cinq mois en estive, en vastes troupeaux, livrée à elle-même, que de rentabiliser les zones intensives des plaines, et ce, avec des coûts d’entretien réduits. Elle possède une bonne aptitude à la marche, la capacité de valoriser le fourrage grossier et un fort potentiel de croissance, même en zone difficile. Elle produit par ailleurs un veau par an, avec un vêlage facile dans 98 % des cas, dès la première mise bas, un point qui compte beaucoup pour l’amélioration des conditions de travail des éleveurs. Enfin, le rôle de la sélection génétique pour « améliorer l’existant » est très important pour les caractères liés à l’allaitement, la rusticité, la fécondité et la qualité de la viande. 45 % des animaux sont en base de sélection, ce qui représente un des meilleurs taux de l’ensemble des races à viande.
Des gasconnes dans le monde entier
Les capacités naturelles de la vache gasconne expliquent ainsi sa large implantation sur la chaîne montagneuse des Pyrénées, ainsi qu’en Corse et dans les Alpes du Sud, mais elles lui ont également permis de s’implanter dans des milieux aussi variés que les collines du Royaume-Uni, les polders des Pays-Bas, la chaîne andine au Chili et au Paraguay, la forêt équatoriale de la Guyane où l’on trouve 400 femelles, l’Espagne où la race est présente dans pratiquement toutes les régions, même en zones sèches (5 600 mères) et l’Europe centrale, au climat rude. La République tchèque importe, par exemple, régulièrement des génisses reproductrices et des taureaux. « J’y ai vu des mâles gascons qui se comportent très bien lorsqu’ils sont poussés en intensif, souligne Philippe Huet, de la société exportatrice Fenvia. La race est économiquement bien placée et plus facile à exporter que la limousine ou la charolaise qui sont plus chères. »
« La filière est plutôt dans une période favorable car la demande en génisses de reproduction est forte et de nouveaux marchés se dessinent notamment au Maghreb et au Moyen-Orient, confirme Alain Bier, chargé du développement broutards et reproducteurs au Groupe Gascon. Or, la race gasconne souffre d’un déficit chronique, car les bêtes sont majoritairement vendues lorsqu’elles sont broutardes (2-8 mois). Même dans nos élevages, le taux de renouvellement est faible (12 %), les vaches pouvant continuer à vêler lorsqu’elles ont plus de 15 ans. »
Opération « 1 000 génisses »
Le Groupe Gascon a ainsi décidé d’initier une « opération 1 000 génisses supplémentaires » pour encourager les éleveurs à conserver et valoriser leurs génisses, et souhaite voir se développer des pépinières collectives. Deux ateliers existent déjà sur le plateau de Sault (Aude) et au Centre national gascon (Sica Pepirag, Ariège), mais ils ne produisent que 80 bêtes par an. « Nous avons contacté tous les éleveurs-sélectionneurs du Groupe Gascon, qui sont d’accord de garder désormais leurs génisses, poursuit Alain Bier. Nous comptons proposer à d’autres agriculteurs, éleveurs laitiers ou céréaliers possédant des bâtiments libres, d’accueillir des pépinières. Notre objectif est de produire, chaque année, 300 génisses supplémentaires de 3 ans, pour disposer d’environ 1 000 animaux d’ici 4 à 5 ans. »
Différents marchés s’ouvrent, par ailleurs, sur le Maghreb pour des génisses plus jeunes (10-12 mois), habituées aux conditions difficiles des estives et qui s’adaptent facilement aux conditions du pourtour méditerranéen. De jeunes femelles engraissées (15-16 mois) intéressent aussi ces pays pour le marché de la viande halal. De son côté, la coopérative Synergie Bétail & Viandes, à Pamiers (Ariège) a mis en place un atelier collectif d’engraissement de 300 veaux mâles, afin de les « amener à un poids de marché » (environ 300 kilogrammes) et de les avoir sous la main avec les documents administratifs et sanitaires nécessaires, pour répondre rapidement aux demandes. Les soixante premiers animaux ont été expédiés fin décembre en Tunisie. L’Algérie, l’Égypte, la Turquie, le Liban et l’Irak sont très demandeurs d’animaux et la filière attend la reconnaissance de la race gasconne par le Maroc, un pays intéressé par les animaux légers. Ce qui devrait se faire ce mois-ci, selon FranceAgriMer.
Enfin, en France, la Normandie et l’Alsace sont devenues deux régions d’engraissement significatives. La Copvial, coopérative de viande d’Alsace, « importe » par exemple 1 500 broutards gascons par an pour approvisionner les rayons régionaux.
* Organisme de sélection et organisme de défense et de gestion du Label Rouge « Bœuf gascon, pure race, pur goût ».
Florence Jacquemoud