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Arrêté du 19 avril 2012 relatif
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PRODUITS

jeudi 01 octobre 2009

L’agneau du Mont-Saint-Michel et les démons de la division


L’AOC « Prés-salés du Mont-Saint-Michel » a été reconnue par le comité national des AOP. Une victoire à l’arraché. Sur le terrain, la situation est confuse car la reconnaissance ne fait pas l’unanimité. D’où le risque de voir cohabiter une marque commerciale et une appellation.

Depuis que, selon la légende, Saint-Michel terrassa le démon sur le mont Tombe, devenu Mont-Saint-Michel, les conflits peuvent y prendre parfois des proportions surnaturelles. C’est le cas de celui de l’AOC Prés-salés du Mont-Saint-Michel, qui remonte, si ce n’est aux origines du monde, du moins à 1992.
À l’époque, le dossier fait l’unanimité. « L’ensemble des éleveurs a travaillé pendant dix ans avec l’Inao sur le cahier des charges, remarque Thomas Pouille, ingénieur production ovine à la chambre d’agriculture de la Manche. Mais en 2003, les choses se sont gâtées en partie à cause de la préfecture qui gère le domaine maritime et qui n’a jamais répondu aux questions posées concernant les bergeries et le règlement d’élevage ». La même année, malgré l’attitude muette de la préfecture, l’Inao décide d’avancer le projet, pensant qu’elle sera bien un jour forcée de s’occuper du dossier.
Mais devant les contraintes, un groupe d’éleveurs situés dans la baie du Mont-Saint-Michel, l’Association des producteurs d’agneau de pré-salé, décide d’arrêter, laissant seuls les éleveurs de l’Association des prés-salés de la côte Normande regroupant les éleveurs des havres du Cotentin. Des contacts sont alors pris avec l’Association des éleveurs bretons (Île-et-Vilaine) qui rejoignent les éleveurs des havres pour poursuivre le dossier. Celui-ci aboutira à la reconnaissance en AOC le 8 juillet dernier par le comité national des AOP de l’Inao.

Des avis contradictoires
Mais ce long cheminement a laissé des traces car les querelles ont été fortes. Pour l’heure, la scission n’est pas prête d’être résorbée. « J’ai informé le conseil d’administration du contenu du cahier des charges (lire encadré) et des statuts de l’ODG, explique Patrick Chauvière, président de l’Association des producteurs de la baie du Mont-Saint-Michel. À l’unanimité, les éleveurs ont décidé de ne pas rejoindre l’ODG. Le cahier des charges ne nous convient pas. En outre, alors que nous représentons 50 % de la production, nous serions très largement minoritaires puisque nous n’aurions au mieux que trois sièges sur neuf au conseil d’administration. Nous allons renforcer notre marque « le Grévin » par une certification. Voilà les résultats de n’avoir pas été entendus. » Ces éleveurs réfutent de nombreux points du cahier des charges en termes d’éloignement des herbus, des parcelles de repli, et mettent en avant l’insuffisance des autorisations d’occupation du territoire, entraînant la précarité des éleveurs et de l’activité.

« Il faudra attendre la relève »
Président de l’ODG Prés-salés et président des éleveurs bretons, Yannick Frain semble, lui, très confiant : « C’est une grande satisfaction et je suis fier du travail qui a été réalisé par mes prédécesseurs. Quand on pense que les agneaux de la baie de Somme ont mis 4 ans pour obtenir leur AOC et qu’il nous a fallu 17 ans pour la nôtre, on prend conscience du travail accompli. Je demande simplement à l’État de prendre en compte les contraintes de nos bâtiments sur le domaine public maritime et qu’il nous aide concernant les coûts d’entretien des pâturages. Le Mont sans les agneaux ce n’est plus le Mont. »
Michel Bruneau, ancien chef de l’auberge « La Mère Poulard » au Mont-Saint-Michel, a vécu toute cette période et n’en dégage pas trop d’optimisme : « Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une réunion de l’ensemble des éleveurs. Ils ont leur propre marque et resteront sur leur position. Il faudra attendre la relève pour voir peut-être les choses chang­­­er. En attendant, je convaincs les restaurateurs d’utiliser l’agneau de pré-salé au lieu de l’agneau de Pauillac considéré comme plus régulier. Mais pour certai­­­­­ns éleveurs qui ne seront pas dans la démarche, c’est plutôt une bonne nouvelle. C’est mieux qu’ils ne soient pas dans l’AOC ».
Côté aval, les agneaux sont abattus par les Abattoirs industriels de la Manche, mais d’autres abattoirs locaux pourraient être agréés. Pour l’instant, l’abattoir n’a pas reçu de consignes des éleveurs quant à l’étiquetage des agneaux et précise que le marché est à 80 % en direction des bouchers locaux et 20 % dans les grandes surfaces locales.
Tout va se jouer maintenant dans la concurrence entre la marque des éleveurs hors AOC, le Grévin et l’AOC. Si la concurrence est salutaire, avec deux circuits parallèles elle risque de faire le jeu des négociations de prix avec la distribution. Or une AOC, pour s’installer, a besoin de calme et de cohésion. Les marges et la rémunération des éleveurs seront des facteurs importants, surtout sur une période allant de Pâques à la Pentecôte, pic de la commercialisation des agneaux. Il reste à espérer que les éleveurs d’agneaux prennent exemple sur un autre dossier AOC récent : les moules de bouchot de la baie du Mont-Saint-Michel. Le dossier n’était pas simple non plus, mais aujourd’hui, près de 90 % des mytiliculteurs sont dans la démarche.
Le dossier a été accompagné sur un plan technique et financier par l’Irqua Normandie et la région Basse-Normandie. C’est d’ailleurs avec l’institut régional de la qualité agroalimentaire de Normandie que Yannick Frain entend mettre en place sa communication future à l’horizon 2010. Celle-ci sera en grande partie dirigée vers le consommateur afin de toucher également les bouchers et restaurateurs. Pour l’instant, aucune communication n’est possible tant que le décret n’est pas signé.
Dominique Chaillouet
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Un cahier des charges disputé

L’aire géographique de l’AOC Prés-salés du Mont-Saint-Michel est composée de marais salés périodiquement recouverts par la mer et où paissent les agneaux. Ils se nourrissent d’une végétation originale de plantes halophytes, résistantes au sel, qui concourt, avec les conditions rigoureuses de ce milieu exposé aux embruns, à la succulence et à la spécificité de cette viande. Le nombre d’agneaux concernés est limité : 8 000, élevés par 40 producteurs.
Le cahier des charges prévoit que les agneaux doivent être âgés de moins de 12 mois et peser un poids minimum de carcasse de 14 kg. Les agneaux sont élevés sur 51 communes situées dans les havres du Cotentin (Manche) et la baie du Mont-Saint-Michel (Manche et Ille-et-Vilaine) ainsi qu’une infime partie de la Mayenne. La durée minimum d’élevage est fixée à 115 jours. Pendant un minimum de 45 jours et un maximum de 105 jours, l’alimentation est constituée de lait maternel et d’un complément si nécessaire. La période de pâturage maritime doit être de 70 jours effectifs minimum.


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