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jeudi 19 mars 2009 |
Pour eux, l’AOC fut une véritable consécration ! Depuis 1997, les éleveurs des moutons de « prés-salés de la baie de Somme » se sont battus pour faire valoir les qualités de leurs agneaux. Ils ont notamment combattu les nombreux dérapages en matière de fausses dénominations ! Obtenu en commission nationale le 26 octobre 2006, le décret officiel sort enfin le 30 mars 2007, au grand soulagement des défenseurs de l’appellation. Le mouton de la baie de Somme n’est plus là uniquement pour le folklore, mais devient progressivement un élément incontournable de l’aménagement d’une baie aux attraits touristiques indéniables.
Agneau d’herbage, le pré-salé se nourrit de la flore saline des 1 200 hectares de pâturages côtiers des baies de Somme et d’Authie. Sur le sol de ces « herbus » recouvert régulièrement par la mer, pousse une végétation spécifique (oblone, aster maritime, puccinelle, salicorne…) qui procure un grain très fin et une saveur exceptionnelle à la chair de l’animal. « L’AOC nous permet aujourd’hui de préserver notre produit, de pérenniser notre métier et de faire reconnaître notre savoir-faire. Elle permet surtout d’intégrer enfin le mouton dans une politique plus vaste d’aménagement du territoire », explique François Bizet, président de l’association de défense de l’AOC de la baie de Somme. Car l’éleveur a prévenu depuis longtemps : « S’il n’y a plus de moutons dans la baie de Somme, il n’y aura plus de baie de Somme ! » Le mouton freine en effet l’ensablement de la baie : il a fallu beaucoup de temps et beaucoup d’explications pour convaincre !
François Bizet fait partie de ces quelques éleveurs embarquésde longue date dans la démarche de reconnaissance de « l’agneau d’Estran ». Passionné, l’homme partage son temps entre l’exploitation agricole et le camping qu’il a créé à côté de la ferme. Il a hérité de son père cette passion de l’élevage. Celui-ci fut en effet à l’origine de la race de cheval Henson, qui fait actuellement fureur dans la baie de Somme. Il eut l’idée de croiser une jument de selle et un poney « fjord », avant de s’intéresser à la relance du mouton de pré-salé.
Sur cette exploitation de 35 hectares de Ponthoile, à quelques kilomètres du Crotoy, François Bizet posséde aujourd’hui environ 300 brebis. Et du 15 avril au 15 octobre, comme quelques autres éleveurs de la baie, il confie son troupeau de brebis à Roland Moitrelle. Celui-là, c’est un berger passionné, un vrai berger de l’Astran ! Le mouton, c’est sa passion et sa vie. Il passe donc sept mois de l’année dans la baie avec pour seule compagnie ses chiens de bergers.
En 1991, François Bizet a déposé la marque « Estran » pour les agneaux élevés dans les pâturages de la baie de Somme. En 2002, il crée une association avec d’autres éleveurs, deux chevilleurs, l’abattoir Lagache à Friaucourt, une soixantaine de bouchers, des distributeurs et des restaurateurs. Elle est aujourd’hui dissoute, mais l’association de défense de l’AOC de la baie de Somme qu’il préside existe toujours. Cependant la filière est aujourd’hui un peu moins organisée qu’au départ : certains éleveurs vendent en effet en direct, d’autres via les chevilleurs… mais tous les agneaux sont désormais abattus à la SA AMIP à Domart-en-Ponthieu, un changement exigé par l’AOC et qui permet de respecter les temps de transport imposés.
L’appellation, qui s’étend sur des communes de l’Oise, de Somme, de Seine-Maritime et du Pas-de-Calais, concerne des agneaux de moins de 12 mois et pesant au minimum 16 kg. « Leur conformation doit notamment présenter un développement musculaire moyen à important, être cirée à légèrement couverte et posséder un gras externe et interne ferme et de couleur blanc à blanc crème », précise le décret officiel.
Dans cette aire géographique, deux zones se distinguent : une zone de pâturage maritime, constituée de marais salés, et une zone d’élevage. En 2009, le changement sera important : les autorisations d’occupation temporaire remplaceront les adjudications délivrées exclusivement à un seul éleveur pour dix ans. « Cela laissera la possibilité à des jeunes de s’installer », souligne-t-il.
L’aire géographique comporte 71 cantons sur lesquels l’abattage est autorisé, mais les zones d’élevage, où les bergeries accueillent les animaux durant l’hiver (du 1 er décembre au 15 mars environ), sont limitées à 36 communes et situées à cheval sur les départements de la Somme et du Pas-de-Calais.
L’AOC autorise sept races différentes. Chez François Bizet, ce sont des croisés à 30 % Suffolk et à 70 % Hampshire. Mais depuis qu’il commence à rencontrer quelques difficultés avec le Suffolk moins vigoureux, il commence à les remplacer progressivement par des béliers Roussin provenant de la Manche toute proche.
Les premiers agnelages commencent autour des 3 et 4 janvier pour se terminer vers le 8 février. Ils restent en bergerie jusqu’au 15 mars, date à partir de laquelle ils peuvent aller brouter l’herbe des mollières. Les agnelages de printemps débutent vers le 15 mars. La durée d’élevage minimale des agneaux avant abattage est de 135 jours.
Les agneaux sont nourris d’abord au lait maternel (60 à 90 jours) puis pendant 75 jours minimum en pâturage maritime où ils disposent de prairies de repli en cas de marée. Une période facultative de finition à base de fourrages et de concentrés venus principalement de la zone est prévue dans l’AOC. Le transport est désormais assuré par un prestataire pour tous les éleveurs, « car la durée maximale entre le départ des agneaux du dernier lieu de rassemblement jusqu’à l’abattoir doit être inférieure ou égale à quatre heures », précise le décret.
Thierry Becqueriaux