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Brésil

jeudi 01 juillet 2010

JBS et Marfrig, champions du monde du bœuf


En rachetant des abattoirs à l’étranger, les industriels JBS et Marfrig assurent leur présence dans les principaux pays producteurs et consommateurs de viande bovine. Ce faisant, ils réduisent leur exposition au risque sanitaire, barrière importante aux exportations du Brésil.

Les groupes JBS Friboi et Marfrig sont désormais incontournables sur les marchés d’exportation de la viande bovine. Ces dernières années, ils ont absorbé de nombreux concurrents aussi bien au Brésil qu’à l’étranger. Leur stratégie multiprotéines – bœuf, porc, volaille –les rapproche du consommateur avec une vaste gamme de produits bruts et transformés. En acquérant et construisant des abattoirs et des usines de transformation en Europe, aux États-Unis, en Argentine, en Uruguay et en Australie, ils sont aussi moins vulnérables aux barrières sanitaires imposées aux exportations du Brésil. Ces poids lourds de l’agro-industrie se rapprochent aussi des éleveurs. Dans certains bassins de production, comme Marfrig tout au sud du Brésil, ces conglomérats sont à présent des clients quasi exclusifs pour l’élevage… et commencent eux-mêmes à produire, via de grands parcs d’engraissement de bovins. Dans l’État de Goias, au centre du Brésil, JBS possède par exemple six parcs d’une capacité totale de 60 000 têtes, tandis que Marfrig en compte deux.
L’expansion internationale de ces groupes est soutenue par l’État brésilien par l’intermédiaire de la Banque nationale de développement économique et social, qui détient d’ailleurs environ 20 % des actifs de JBS. Mais le gouvernement voudrait en échange de son soutien des garanties. Car si JBS commence à approvisionner le marché chinois depuis sa filiale australienne, il y a un risque de baisse des exportations réelles de bœuf brésilien. Les dirigeants de JBS assurent qu’après cette phase d’expansion, ils privilégieront les échanges au sein du groupe, notamment les approvisionnements depuis le Brésil.

Opportunité historique

Pour le consultant français Jean-Yves Carfantan, « JBS et Marfrig ont saisi une opportunité historique en profitant de la faiblesse du dollar et de leur disponibilité de liquidités pour racheter des concurrents en difficulté. Jusqu’en 2005-2006, les Brésiliens étaient limités à des marchés de bas de gamme, à l’exception de l’Europe, à cause de la situation sanitaire du pays », note-t-il par rapport à la fièvre aphteuse. « En rachetant des entreprises étrangères, ils ont soudain accès à tous les marchés avec un portefeuille de marques remarquable », souligne-t-il.
Numéro un mondial du bœuf devant Tyson Foods, JBS a racheté en 2007 les Américains Swift Foods, puis Pilgrim’s Pride (numéro un de la volaille aux États-Unis) et s’est allié à l’Italien Cremonini dans le groupe Inalca qui contrôle aussi des installations en Russie. En 2008, ce fut au tour de l’Australien Tasman et de l’Américain Smithfield Beef d’être intégrés. En 2009, JBS a absorbé son concurrent local Bertin, numéro trois du secteur.

Production halal

Marfrig, numéro quatre mondial de la filière, s’est lancé dans la volaille et le porc en intégrant des acteurs majeurs (l’Américain Osi, la filière dinde de Doux-Frangosul, le Brésilien Seara…). Depuis fin 2009, le groupe loue pour une durée de cinq ans, à des concurrents endettés, huit abattoirs au Rio Grande do Sul, au sud du Brésil. « Dans l’un d’eux vient d’être mise en place une ligne de production halal. Marfrig spécialise ses unités pour mieux répondre aux exigences de ses importateurs », affirme Jorge Sant’Anna, de l’Embrapa.
Le marché européen leur étant moins accessible depuis 2008 à cause d’exigences sanitaires renforcées, les Brésiliens vont voir ailleurs. JBS fournit aussi le marché iranien, celui-ci étant devenu la deuxième destination du bœuf brésilien après la Russie. Les champions du monde du bœuf sont sur tous les coups.
Marcel Marin
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Fernando Sampaio

Fernando Sampaio
Les Marchés Hebdo : Le cheptel allaitant brésilien est-il en phase de recapitalisation ?
Fernando Sampaio : Il y a trois ans, les prix étaient bas et de nombreux éleveurs ont envoyé des vaches allaitantes à l’abattage, provoquant un manque de jeunes bovins pour les abattoirs. Cette recapitalisation progressive n’est pas planifiée, mais fait partie d’un cycle habituel qui s’étale sur une période de quatre à cinq ans. À présent, les prix remontent. Notre cheptel compte aujourd’hui 193 millions de têtes.

LMH : Vous avez travaillé chez Soviba, à Angers, jusqu’à la crise de la vache folle, puis aux Pays-Bas auprès d’importateurs de bœuf d’origine sud-américaine. Quelle est la particularité des exportateurs brésiliens ?
F. S. : Leur capacité à fournir des volumes importants. Vous pouvez leur demander par exemple 200 tonnes de faux-filet et être sûr de recevoir cette quantité avec une qualité homogène, également parce qu’ils ont des débouchés pour tous les autres morceaux dans des différents marchés. Ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays exportateurs. Par exemple, Marfrig a plusieurs abattoirs dans différents États du Brésil, mais la qualité industrielle et commerciale est identique. Récemment, les grandes entreprises du secteur ont racheté des abattoirs importants dans les principaux pays producteurs et consommateurs. Cela leur permet d’assurer leur participation à ces marchés en cas de crise économique ou sanitaire, ou simplement d’y avoir accès, comme au marché nord-américain, fermé pour les viandes fraîches d’origine brésilienne.

LMH : La concentration de l’industrie du bœuf lui permet-elle d’imposer des prix élevés aux importateurs, comme s’en sont plaint récemment les Russes ?
F. S. : Non. Nous exportons seulement 20 % de notre production totale. Le niveau des prix de notre marché intérieur détermine en grande partie celui des prix à l’export. D’autre part, les industriels brésiliens sont sur le marché russe en concurrence avec d’autres fournisseurs étrangers. Par rapport aux éleveurs brésiliens, qui fournissent nos abattoirs, c’est la même chose : il y a toujours des petits abattoirs locaux qui leur proposent des prix en fonction du marché.


Les exportations brésiliennes se valorisent

Les exportations de viandes bovines brésiliennes de janvier à avril dernier ont progressé de 1 % en volume et de 20 % en valeur par rapport à la même période l’an dernier. Les envois de viandes fraîches réfrigérées et congelées vers la Russie ont reculé de 15 % en volume (89 380 t) tandis que ceux vers l’Iran ont fait un bond spectaculaire de 270 % (15 242 t expédiées de janvier à avril 2009 et 56 580 t en ce début d’année). Certains voient là l’un des résultats du rapprochement diplomatique entre le Brésil et l’Iran. Pour les viandes fraîches, les principaux marchés qui suivent sont Hong Kong, l’Égypte, le Venezuela, l’Algérie, l’Italie (7e position). En Europe, après l’Italie viennent les Pays-Bas (11e) et l’Allemagne (16e). Pour les viandes transformées, les deux plus gros marchés du Brésil sont, de loin, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui en ont importé respectivement 14 707 et 12 148 tonnes de janvier à avril 2010. La France, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie ont reçu des envois peu significatifs en volume, de 1 000 à 2 500 t chacun sur les quatre premiers mois de l’année.



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