CONFISERIE |
jeudi 02 décembre 2010 |
Cachou Lajaunie, 130 ans, han han...
Depuis 1880, la petite boîte jaune et ronde en métal, renfermant les tablettes noires à la réglisse, traverse les époques sans se fatiguer, ni lasser le consommateur. La confiserie bénéficie d’une solide notoriété. Cinq millions de boîtes ont été vendues cette année en France.
«P’tit Cachou Lajaunie, Lajaunie, han, han ! », vous vous souvenez ? Ce mémorable spot TV noir et blanc de 1985, mettant en scène une bimbo pul-peuse (Kristen Hocking) à la poitrine avantageuse, gantée de noir et parée de boucles d’oreille en forme de petites boîtes jaunes Cachou Lajaunie, est gravée dans la mémoire de bon nombre d’entre nous. À l’époque première publicité télévisuelle à remporter le Minerve de platine, qui récompense le meilleur film publicitaire de l’année, cette pub de trois secondes avait permis de tripler les ventes de Cachou.
Aujourd’hui, les publicités pour le Cachou Lajaunie se font plus rares, mais la confiserie à la réglisse a toujours autant de succès. En 2010, c’est la « neuvième plus grosse pénétration du marché de la PCP (petite confiserie de poche), indique l’Institut Nielsen. Ce bonbon rencontre un vif succès dans les bureaux de tabac et figure dans le top 20 de la PCP en GMS. »
Bonbon ou médicament ?
Créé en 1880 comme un médicament par Léon Lajaunie, un pharmacien toulousain, le Cachou Lajaunie est fabriqué à base de 80 % de réglisse, plante aux principes actifs accélérant le rythme cardiaque, à laquelle on ajoute de la poudre de cachou aux vertus astringentes (extraite de l’areca catechu ou palmier à bétel, qui a donné son nom au produit), de la poudre d’iris et de la résine de lentisque. Une recette stimulante qui a vite fait de donner à ce petit bonbon une image de remède contre de nombreux maux : action digestive, effet apaisant sur les gorges irritées, rempart contre la mauvaise haleine… Mais aucune étude scientifique n’a été réalisée pour prouver la réalité de ces effets.
Parallèlement, Léon Lajaunie travaille la présentation de son produit et demande à un horloger de concevoir une petite boîte ronde, que l’on peut glisser dans sa poche gousset, comme une montre. Depuis, à quelques inscriptions près (adresse de fabrication, précaution d’emploi*), la boîte n’a jamais changé, hormis pendant les années 30, lorsque le métal était réquisitionné. Elle était alors rectangulaire et en carton.
Retour à la recette originale
Autre exception, la boîte est devenue blanche avec des écritures orange, lorsqu’a été lancé le Cachou goût blond en 1985, puis totalement blanche pour le goût vanille en 1991 (noyau de réglisse enrobé d’une dragée au parfum vanille) et bleue pour le goût menthe en 1992 (même recette, mais avec un parfum menthe), Mais, faute de succès, la fabrication de ces trois déclinaisons a été arrêtée au bout d’une dizaine d’années, pour ne plus garder, aujourd’hui, que la recette originale du pharmacien toulousain, dans sa petite boîte jaune et ronde.
Le lieu de fabrication a aussi été préservé, puisque l’usine des Cachou se trouve toujours à Toulouse. Après avoir connu différentes implantations en centre-ville, lorsqu’elle possédait encore une taille artisanale, l’officine Léon Lajaunie s’est transformée en véritable outil de production industriel en 1985. C’est alors Pierre Fabre, patron d’un laboratoire pharmaceutique, qui en est le propriétaire et qui décide de construire sur la ZI Thibaut, au sud de la Ville Rose, un site capable de répondre à la montée en cadence et aux normes sanitaires irréprochables.
C’est toujours dans cette usine que les petits bonbons noirs sont fabriqués aujourd’hui, à raison de 5 millions de boîtes par an, soit 30 tonnes de produit (en 2010). « Lorsque je suis arrivé pour diriger l’usine, en 2004, le marché français était constant et représentait environ 4 millions de boîtes par an, confie Christophe Serre, responsable du site Cachou de Toulouse. Puis en 2009, nous avons été référencés par l’enseigne Lidl, ce qui a fait grimper notre production en flèche. Nous travaillons actuellement en équipe simple de six personnes, mais si nous voulions doubler ou tripler la production, il suffirait de faire de même avec l’effectif. »
Un marché très français
Les matières premières utilisées pour fabriquer les Cachou Lajaunie sont peu nombreuses. La réglisse est importée d’Iran, pour sa grande qualité, et tout d’abord traitée en Allemagne, premier pays consommateur d’Europe, où les racines sont broyées et conditionnées en pain. Les autres ingrédients sont achetés à des herboristes. L’ensemble cuit à 85 °C dans une cuve à mélange, puis la pâte est prédécoupée en forme de galettes et transformée par pressage en petits carrés de taille identique. Ceux-ci sont ensuite conditionnés dans les boîtes jaunes qui contiennent chacune 6 g de produit net, soit 100 à 150 Cachou. L’usine toulousaine connaît une perpétuelle remise à niveau pour répondre aux exigences toujours renouvelées des normes et réglementation sanitaires. Elle a aussi récemment investi dans de nouvelles lignes de conditionnement, afin d’absorber le surplus de production de l’année 2010 et de pouvoir assurer la « blistérisation ».
La totalité de la production est commercialisée en France par Cadbury (groupe Kraft Foods), numéro un de la confiserie qui a racheté l’entreprise il y a plus de dix ans. Sorties d’usine, les petites boîtes sont envoyées à la centrale de distribution du groupe, à Neuville-aux-Bois (Loiret). 80 % sont vendues en grande surface (par deux sous blisters) et 20 % en réseau de proximité (buralistes, boulangeries, Relais H, stations essence). En revanche, l’export, tenté à une époque, a vite été abandonné, car la concurrence est rude sur le marché de la confiserie au réglisse dans le monde. Le Cachou Lajaunie préfère rester sur son créneau de niche traditionnel et hexagonal.
* Depuis quelques temps, l’indication « créé par un pharmacien » a disparu du couvercle de la boîte, et la phrase « une consommation excessive peut provoquer de l’hypertension » a été rajoutée au dos.
Florence Jacquemoud