Viande de porc |
jeudi 09 septembre 2010 |
Les exportateurs belges ne connaissent pas la crise
En dépit de la crise, les exportateurs de viande de porc belge ont développé leurs exportations dans l’Union européenne tout en diversifiant leurs débouchés, grâce notamment aux produits élaborés et préemballés.
Les exportateurs de porcs belges ont traversé 2008 et 2009 sans encombre. Mieux, ils ont encore développé leurs exportations, malgré la crise financière et certaines distorsions de concurrence. C’est ce que viennent de préciser quatre d’entre eux, à la tête de sociétés flamandes parmi les plus importantes du pays (voir photo). Ils étaient réunis à Bruxelles le 27 août dernier à l’occasion de la tenue de la cinquième table ronde organisée par le Belgian Meat Office en collaboration avec les bureaux du Vlam (Office flamand d’agro-marketing).
L’an passé, la Belgique a ainsi vu passer ses exportations de viande porcine de 713 912 à 746 488 tonnes, soit une hausse de 4,6 % sur 2008. La part de l’Allemagne dans le total de ses exportations s’est néanmoins effritée, notamment sous la pression des majors européens comme Vion, Tönnies, West Fleisch ou Danish Crown.
« Il y a 5 ans, nous étions trop dépendants du marché allemand », reconnaît Luc Verspreet, le patron de Covalis NV, numéro un de la viande en Belgique avec 15 % de parts de marché. Cette filiale du Boerenbond, la puissante organisation agricole flamande, a abattu l’an passé 1,6 million de porcs et 35 000 bovins. Elle dispose de quatre outils industriels et a réalisé 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009.
Nos voisins d’outre-Quiévrain ont donc
profité de l’ouverture des marchés russes et des pays de l’Europe de l’Est, notamment la Pologne. Certaines PME se sont également tournées vers des pays de l’Asie du Sud-Est. C’est le cas de Locks, une PME implantée à Gand (64,7 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui a exporté jusqu’à 27 % de ses découpes de porcs en Corée du Sud. Mais une parité euro-dollar peu favorable l’an passé a incité ses dirigeants à revoir leur stratégie, surtout depuis qu’elle vient de racheter en décembre dernier une entreprise spécialisée dans les jambons et saucissons près de Liège (D’Argifral).
L’entreprise s’est tournée davantage vers le marché européen en 2008, ramenant ses exportations vers la Corée du Sud à 12 % en 2009, et est repartie à la conquête de son marché intérieur. La Belgique, qui pesait 10 % de sa production totale, en représente désormais 45 % !
Une avance certaine dans les produits élaborés
Nos voisins ont surtout attaqué le marché polonais. De 10 000 tonnes exportées en 2007, les volumes sont successivement passés à 30 000 puis à 50 000 tonnes. « Pour les Polonais, la taille de nos entreprises est un gage de qualité de nos produits », expliquait Philippe Van Damme, patron de Locks, tout en précisant qu’ « il est toujours prêt à respecter les cahiers des charges imposés par ses clients polonais ». « Ce sont des PME comme nous. Alors, entre opérateurs de taille identique, on se comprend mieux », souligne-t-il.
Les exportateurs belges confortent aussi leur avance dans le secteur des produits élaborés à base de porc. « Il y a cinq ans, aucune entreprise belge ne pouvait répondre à des demandes importantes en produits transformés et préemballés », souligne Werner Stoel, directeur commercial de Marmo, le plus gros opérateur du secteur.
« On a investi sur des produits à plus grande valeur ajoutée, qui ont moins de succès en Allemagne, mais qui nous ont permis de diversifier nos débouchés européens », reconnaît de son côté Luc Verspreet. « Ce qu’on a perdu en volume, on l’a récupéré sur des produits plus élaborés », constate Jos Claeys, le patron de Westvlees qui confirme avoir restauré ainsi ses marges et compensé la perte de certains volumes.
Poursuite des investissements
Pour conserver son avance dans le secteur des produits élaborés, ces entreprises doivent sans cesse trouver de nouveaux clients et investir en permanence. La crise n’a d’ailleurs pas interrompu leur politique d’investissement. Pour preuve, le groupe Covavee poursuit son programme de plus de 40 millions d’euros établi entre 2005 et 2015. Marmo doit investir très prochainement dans son usine de Molenstede. Locks a également prévu 6 millions d’euros d’investissements dans les douze prochains mois, après en avoir consacré 3 millions d’euros depuis deux ans.
Les exportateurs préparent à leur manière la lente restructuration de la filière belge qui doit faire émerger quelques leaders capables de tenir tête aux majors européens. Mais en Belgique comme ailleurs, la crise financière a ralenti fortement les velléités des opérateurs.
Thierry Becqueriaux